Praticienne en hypnose

Laurette Josserand Hypnose sajece



Une petite lumière pour illuminer votre journée ? Et qui sait....peut être même votre vie ?...



N'existez pas à travers le regard de l'autre...N'attendez rien de l'autre...Vous n'avez pas à espérer vous sentir en vie parce que l'on vous voit, parce que l'on vous remarque, parce que l'on vous approuve...La célébrité n’est ni intéressante ni utile…Elle est arbitraire et liée au bon vouloir du regard et jugement de l’autre… Quel drame… Quelle tristesse… faire de sa vie une réussite fragile parce que l’autre approuve et redemande…

Je déplore cette impudeur, je déplore cette détresse et ce déni…

Si vous n’êtes ni célèbre ni populaire c’est sûrement que vous valez beaucoup plus, que peut-être vous prenez la vie à contre courant, que vous bousculez les consciences, que vous irritez les avis confortablement installés…

Si vous laissez indifférent, c’est une quête de sens magnifique, une opportunité, une naissance…tout devient possible….le meilleur, le pire, la facilité, les défis, les révélations….

Etre célèbre , c’est une vie en trompe l’œil….Soyez Vous …

Refusez la prostration de l’attente d’une hypothétique approbation….

Aimez autour de vous, donnez votre attention, oubliez-vous dans l’attention envers cet autre….Votre ego sera mieux nourri….vous serez beaucoup plus que célèbre ou populaire…vous deviendrez bon…..






L'importance d'un père...

Hommes ou femmes sont scellés en leur ventre du sceau de la mère...

Mère qu'on aime, qu'on cherche, qu'on pleure, qu'on attend ou que l'on choisit de détester....

Notre nombril, comme un phare, nous permet de semer la tempête

Ou de partir en conquête...

Tout nous ramènera à ce centre...perdu un peu peut-être...

Mais de retour sûrement...

Et toujours accroché à elle...comme une boussole en repère...

Qu'on choisit d'aimer ou pas, d'oublier ou pas...

De renier ou de copier,

Parce ce que ce nombril, aussi petit soit-il

Nous dit d'où nous venons...et nous donne en liberté

Celle d'aller ou pas....et finalement...;c'est plutôt facile...

J'entends dans leurs bouches confiantes, les histoires de leurs vies...

Des ingrédients différents mais des scénarios identiques...

Ma mère....MA MERE....

Et je crois que parfois cela devient presque trop simple...

On remarque ce qui se voit...le coupable est idéal et la mère,

Toute désignée...

Après avoir bercé cet œuf, elle portera à la fois l'habit angélique

La couronne éclatante, la noirceur du bourreau, ou la robe d'avocat...

Bref....

Alors....je me suis interrogée et je les ai écoutés....ces beaux regards d'hommes...

Ces regards aimants, ces regards de tristesse, ceux remplis de colère

Ceux noyés dans le vide, ceux perdus dans les souvenirs

Ceux fatigués de cette si longue errance...ceux de la torture

Ceux de la peur aussi...

ET ceux de l'absence

Ceux de la souffrance...

Qu'il soit enfant, fils d'un père

OU qu'il soit père, fils de leur père...

J'aime écouter le cœur de ces hommes...

Ces hommes qui ont reçu en premier souffle le baiser d'une femme...

Comme un vent qui a gonflé les voiles...en direction de leur vie...

On parle de l'importance de la mère...

Il est tellement bon d'avoir un père

Je ne sais pas, si finalement, on survit ou l'on vit bien à l'absence de père....

Si l'on sait d'où l'on vient...on passe sa vie à rechercher celui qu'on nous a caché....

Lorsqu'on est une femme,

On peut vivre sa vie à chercher ces yeux qui auraient dû nous éclairer...en tout premier...

On les regrettera, on en parlera...

Et on cherchera parfois dans les yeux de l'autre le souvenir de ce qui nous a manqué...

Et lorsqu'on est un homme, on tente de le devenir ….on s'en excuse...

Et ces hommes me parlent de ce vide...si cruel...si difficile...

Dans leur cœur, à la place, se logera la revanche ou la peur....

S'il avait été là....il aurait été fier...Il m'aurait encouragé...

Lorsqu'on a été aimé, comme on peut espérer être aimé...

Femmes ou hommes se tiendront debout....

Parce qu'au creux de ces mains caleuses, l'amour infini y était logé...comme

La source de vie....

Sur ses épaules ils se hisseront pour voir encore plus grand...

A ces hommes qui veillent leur père

A ceux qui en bons pères

Se sentent parfois privés, déchirés...

A ceux qu'on empêche d'être pères...

A ces cœurs devenus pères sans les marques du sang

A ceux qu'on appelle parce qu'on les reconnaît

A ceux qui le deviennent

A ces femmes qui s'effacent...

Pour qu'ils prennent leur place....

Je garde à l'esprit l'importance d'avoir un père...


Laurette 2017


janvier 2020

Lorsque vous venez me voir, ici…c’est bien plus qu’un rdv…chacun repart dans sa vie, son foyer…

Vos mots, vos existences …ce qu’il y a de rude, de désenchanté, d’espoir, de rêves, d’attentes….vous me l’avez laissé….mes yeux restent ouverts longtemps.... quand mes journées s’arrêtent…et chacun de vous m’amène à penser, rejouer, réenvisager….

90 années face à moi…une montagne deux fois plus grande que moi…par le temps et presqu’autant par la hauteur…

Je discute avec cet homme que je peux ainsi nommer « vieil homme » dans sa dimension la plus profonde…

Ses yeux sont remplis d’une lumière à côté de laquelle je ne peux passer…

Je suis frappée d’y lire autant de mots qu’il est en mesure d’’en prononcer …Chaque image, chacun de ses souvenirs dépose sur lui…un sourire sur sa bouche, une espièglerie dans son regard…

C’est un échange qui arrive de toute part….avec l’impression que nous nous sommes, soudainement, réunis à plusieurs, pour parler du bon vieux temps…et puis….

je comprends….C’est la vie, le temps, le cumul du temps, tous ces jours grignotés, déposés, juste là, derrière ses yeux…..J’ai l’impression d’être au cœur de décembre, devant la vitrine d’une petite échoppe d’un autre temps, enroulée dans mon écharpe, fascinée par ce qui se vit à l’intérieur…

Je réalise, en face de moi, la chance d’être là, à cet instant…

Il se met à parler de son métier de la Terre, de sa campagne, de ces Anciens…qui se désolent….

De ces services qui s’évanouissent…ou

De ces commerces qui disparaissent…

Des quelques précieux petits services mobiles…véhiculés… de ces épiceries ambulantes…qu’autrefois nous entendions arriver…. Le moteur chevrotant ou le klaxon strident…sortant les ménagères de leur cuisine…certaines arrivaient le tablier attaché, d’autres terminant la tâche de retirer de leurs mains les derniers restes de leur préparation…le porte-monnaie précieusement empoigné, trimbalant avec elles, tantôt le dernier né sur la hanche ou une marmaille bruyante….bouillante ….ou agglutinée à l’arrière de ce magasin itinérant…dans ces quartiers populaires ou ces campagnes verdoyantes...

Oui…chacun de ces bouts de moments me ramène à ma vie….à des valeurs….à ce qui est passé, ce qui a changé…

Nous l’attendions ce marchand, le crayon derrière l’oreille…. chacun du haut de son âge se languissait de cet inestimable moment comme une parenthèse de rêve après une si longue attente….

Une attente, une joie satisfaite ...une pincée de rêve....et c'était bel et bien cela que nous ressentions...

L'arrivée de cet épicier créait chez chacun d'entre nous, une réelle joie....

Pourtant.....

Quelques décennies plus tard, je m'interroge sur le sens de cette euphorie...Le décalage est tellement grand...

De quoi nous réjouissions nous ? une hypothétique sucette au caramel ? une lamelle fine de gruyère tendue par l'épicier devant nos mines de mendiants ?

Quelques fois rien, quelques fois le plaisir d'une partie de Loup le temps des commérages échangés sous la tenture éphémère....le plaisir de nous retrouver ? le juste délice de nous regarder...

Somme toute, peu importait le trophée....le butin était l'attente elle même....ce rendez-vous immanquable, attendu...le ravissement de l’existence même de l'attente...

Oui...L'espérance....voilà le dessein et la motivation ...

Nous avions si peu mais L'ESPERANCE d'obtenir tout autant le lendemain....le plus ou la surprise prenait tout son sens... illuminait comme un feu d'artifice ces moments de vie ordinaire....

En définitif, tout m'amène à penser qu'un des maux d'aujourd'hui c'est le manque d'espoir....ce manque d'espoir qui nous isole, nous rend craintif, peureux, frileux....haineux...dans l'amour, l'engagement, l'envie d'aller vers l'autre....dans l'attente désintéressée...

Je remercie ce Monsieur de cet instant....un face à face précieux entre mon passé et maintenant...un pont entre son histoire et mes souvenirs....une vie ordinaire mais une vie vraie....avec tout à construire....étoffée d'une échelle de valeur novice, récente mais pleine d'audace...

La vie est belle....fragile....mais chaque seconde est intense....

Juillet 2019 

14 février 2020

A qui ressemble t’on ?

Pourquoi se rassurer, vérifier, comparer…Chercher la petite bête, le petit grain de peau, le bon mouvement de cheveux…le bon teint, une meilleure mine….fuir le gris ou le clamer … le bon bonnet , celui juste après ou celui de la voisine…et que l’herbe soit plus verte ou pas…je continue à préférer les prairies…sauvages, fertiles, généreuses, colorées et mystérieuses ….

Découvrir d’où l’on vient, récupérer des bouts de soi…compléter ou colmater…s’encombrer ou voyager léger…finalement…beaucoup d’entre nous passent leur vie à se donner rendez-vous…dans l’espoir d’une rencontre…

Que cherche-t-on ? Souvent à se comprendre, et puis…s’accepter, se respecter et se reconnaître…

Peut-être qu’un fard saura faire ressortir le meilleur de vous-même…mais l’amour que l’on se porte, celui que l’on se donne, celui que l’on partage réveillera cet éclat singulier…celui qui s’écrit partout en vous, sur vous…celui qui grave « vous êtes au bon endroit, de la meilleure façon possible »….

Les chemins sont divers, les voies particulières…certaines nostalgiques comme l’automne, ramenant sans relâche les fantômes du passé… à porter sur nos épaules les besaces d’hier, nous ralentissons notre quête….mais devenons aussi les guérisseurs , promesses d’un rythme plus lent mais souvent assuré….

Ou d’autres pistes périlleuses , vertigineuses…. Poussées par les trophées….les dépassements, les revanches….les réparations…gages de fidélité, promesse de ne pas décevoir ou soif de faire mieux…

Certaines recueillies dans le silence d’une prière ou un rêve sans parole, quelques notes griffonnées d’un recueil de voyage…au goût d’épices ou de soleil…

Et parfois…le bruit, le mouvement, l’oubli, les errances…les erreurs de parcours, les détours….

Je remarque seulement combien se sentir presqu'au but, effleurant la source , sans forcément la retenir….fait résonner en nous que plus rien ne sera comme avant….

Première publication sur notre blog

avril 2018

Lettre adressée à moi même

C’était un jour comme un autre…et je me suis rendue comme pratiquement tous les matins, encore dans ma robe de chambre, jusqu’à ma boîte aux lettres, récupérer le courrier que je voyais dépasser…

J’aime beaucoup ce moment de la journée…où rien n’est encore écrit…juste l’inconnu…vous savez…ce moment de la journée où vous vous dites, que vais-je faire aujourd’hui ? De quoi ai-je envie ? …ce moment, où, ni le temps qu’il fait, ni la couleur du ciel peuvent avoir une influence sur cette liberté…

C'est un moment privilégié…certains l’appellent incertitude, ennui…moi je suis comme un poisson dans l’eau avec le sentiment que le monde m’appartient.

Un matin de ma vie comme les autres …cette vie de grands…cette vie dans laquelle j’ai été catapultée…il y a 48 ans ...mais si c’était pour m’amener jusqu’à aujourd’hui, 25 avril 2018…alors ça valait le coup ….

Enfin bref…j’arrive jusqu’au chèvrefeuille, je glisse une main pour récupérer cette enveloppe d'un rose ancien…avec comme adresse : Pour toi ….

Bout de papier portant un cachet de la poste …du 18 juin 1970…jour de ma naissance…je suis perdue mais exaltée et excitée…

A la douceur de la flamme de ma cuisinière à bois, je touche cette enveloppe, je la palpe pour faire durer ce moment….C’est étrange, vous ne trouvez pas, qu’une toute petite enveloppe puisse à ce point apporter mystère et impatience…j’aurais reçu un colis de 10 kilos, j’aurais été toute aussi intriguée….Comme quoi, la légèreté d’un mot n’a rien à voir avec le pouvoir qu’il contient…En effet, un « je t’aime » peut faire chavirer un cœur…et légèreté du mystère remplir tout l'espace de nos pensées...

Alors, j'ai décacheté cette enveloppe …retenu mon souffle, j'ai découvert une photo…et une lettre...

Une photo de MOI !!!! j'avais 5 ans... je m'en souviens parfaitement de cette photo...c'était la rentrée des classes de ma dernière année de maternelle…devant la grille de l’école…fière et timide à la fois...fière de rentrer chez les grands...et un peu apeurée...de changer de statut...Je portais les mocassins bordeaux que ma grand-mère m'avaient achetés....

J'ai tourné la photo...vous savez ce geste-là...celui qu'on fait tous, pour espérer trouver la légende de ce moment de vie, figé sur papier...comme s'il fallait, en plus de se souvenir, attester au stylo l'existence indiscutable de ce qu'on ne veut pas oublier....

Personnellement, je n'aime pas les albums souvenirs...j'ai l'impression de faire de mes tiroirs, un musée du devoir... rappelle-toi....Mon album préféré est dans ma tête...et les légendes sont dans mon cœur....

Bref...les quelques mots derrière précisaient : j'ai quelque chose à te dire, c'est important.

Merci de ton attention, merci de ce que tu as fait pour moi...Je suis fière de toi...

Alors, j'ai déplié la lettre....le pliage était particulier, je l'ai reconnu instantanément...un pliage origami...

Petite, je m'étais inventé un pliage personnel...que je trouvais très chic. Parce que déjà, je voulais être différente de ce qu'on attendait de moi…ça m'a valu quelques déconvenues mais j'ai tenu bon...

En tous cas, l'auteur de la lettre avait été inspiré et savait qu'il allait me faire plaisir....

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« Chère Laurette

Je souhaite commencer cette lettre en te remerciant...Il est d'usage de terminer une correspondance par des remerciements, mais puisque je te lis depuis 48 ans maintenant, je ne veux plus perdre de temps...alors merci à toi pour tout ce que tu m'as permis de vivre depuis ce mois de juin 70.

Je te remercie d’avoir accepté les règles du jeu...et Dieu sait qu'elles étaient compliquées, rudes, incertaines, limitantes et aléatoires...mais tu as joué...la partie en entier, sans prendre un seul joker...

Tu te souviens de notre venue dans ce monde ?

Rappelle-toi notre mère...rappelle-toi ces 8 mois logés au creux de son ventre...sans bouger , sans vibrer... à tel point qu'elle nous croyait mortes en elle...vérifiant à l'aide du stéthoscope que notre cœur battait encore....sûrement parce que nous savions qu'il nous fallait nous préparer à rentrer en scène...devant un public hostile, inondé de chagrin, torturé par des rêves désenchantés...et pour abréger cette attente, nous avons sauté du train un mois avant terme : les deux dates nous missionnaient à prendre part à la révolution...

Certains diraient que c'était la peste ou le choléra...c'était soit le 14 juillet soit le 18 juin ...n'ayant plus de baïonnettes, nous avons choisi les mots, la résistance...Merci pour cette date...parce que c'est comme ça que tu m'as sauvée...

Elle est partie seule, notre mère, nous donner la vie...fille mère, rejetée par un père malheureux et assoiffé, découvrant notre père, le soir même de notre venue, dans les bras d’une autre...maman devenait mère, et trompée en même temps...et c'est entre ces deux états qu'il a fallu se frayer un chemin... rappelle-toi...elle ne voulait pas nous laisser naître....elle nous l'a raconté tant de fois...elle a perdu connaissance...son cœur s'est même arrêté, tellement il était brisé...mais nous sommes nées...bruyantes, en colère...et elle a duré cette colère...des nuits et des nuits...au point de nous oublier dans l'hôtel qui nous servait de maison...tout au fond du couloir pour ne plus déranger personne...ils ne comprenaient pas encore notre langage....alors nous avons tout rejeté...en bloc....leur misère, leur tristesse, leur alcool, et même le sein de notre mère auquel nous n'avons jamais voulu goûter...comme s'il allait faire couler en nous un héritage indésirable...et tu as tenu bon...comme à chaque fois....parce que tu avais compris que tu étais là pour bousculer ce monde qui ne tournait pas rond...parce que prendre sa place dans cette vie de misère ne pouvait se faire qu'en grandissant vite...

Apprendre à marcher vite...apprendre à lire vite...apprendre à observer....pour aller chercher les clefs de notre liberté... tout apprendre très vite et tout comprendre très vite...

Pour chercher, tu as cherché...au départ, dans les tiroirs des tables de nuit...des commodes , sous les piles de draps, dans les boîtes à souvenirs, sous les matelas...

Que cherchions-nous déjà ? Les réponses, des pistes, des indices....le premier à parler était la photo d'une femme blonde...accompagnée d'une lettre...cachées dans les affaires de ma mère...j'avais 6 ans et nous venions de comprendre.

C'est là d'ailleurs, que tu t'es dit que tu ne tomberais jamais amoureuse...et que tu n'aurais jamais d'enfants....c'était tellement violent... parce que nous avions compris.... Je crois que tu en avais conclus, à l'époque, que ça faisait trop peur d'aimer quelqu'un....mais ton âme sœur, 24 ans plus tard a réussi à t'apprivoiser...et tes promesses de pas d'enfants ont niché 6 petits... Tu as pris la bonne clef...celle de choisir l'amour en premier lieu...même s'il était caché derrière...des montagnes de blessures...

L'amour de notre sœur....cette amie pour toujours....amour immense, constant, profond, comme notre sang dans les veines....

L'amour en dépit de toutes nos envies bafouées...de nos rêves oubliés pour ne pas poser de concurrence...permettre à cette maman malade de toujours diriger...réduire en miette quiconque pouvait être plus heureux qu'elle...l'amour malgré tout...quand nous pleurions en cachette …

Tu te souviens, tu allais chercher son cache nez parfumé à l'air du temps....nous le sentions jusqu'à nous enivrer parce que c'était ça...le meilleur de notre maman...un pauvre bout de laine....le reste n'était que blessures et rejet....mais ….nous avons continué....bercés par nos grands-parents...conscients mais impuissants de tant de pauvreté...

Tu as continué à donner parce que le mal t'était inconnu…donner, donner et adoucir même ceux qui ne savaient pas quoi faire de tes petites mains… Mais nous avons vite compris, sur le quai du départ de notre enfance que l'acte d'après serait plus corsé...alors tu m'as poussée à recueillir en moi, cette âme de guerrière, nourrie de nos rêves d'enfants...ceux qu'on ne voulait pas oublier...

Ça a été dur...douloureux sur bien des points...le fossé se creusant entre notre famille et nous...distance désirée pour ne pas sombrer avec eux, distance géographique avec ces ancêtres en exil...en errance... et cherchant toujours une terre d’accueil…et je te félicite de t'être bien battue sans avoir pris pour toi, leur colère, leur haine, leur impuissance....et d'avoir trouvé la tienne...

De tout cela qu'as-tu conservé ? Que notre vie nous appartient, que tu m'a donné la joie immense de me permettre de savourer ma vie sans culpabilité aucune, qu'ici ou ailleurs, sur le globe tu es partout chez toi...;ta valise tient dans ton cœur...et que le véritable don c'est ta curiosité....oui....ta curiosité insatiable de voir ce qu'il y a derrière, après...derrière leurs travers, derrières leurs blessures, de voir après....après les difficultés...ce qui deviendra TOI, ce qui sera à TOI, ce qui sera possible pour TOI....pour tout cela , merci...

Bien entendu, il a fallu bien souvent, bien trop souvent pour une petite fille de nos âges apprendre la solitude, le rejet, l'abandon, la douleur de notre corps si peu considéré…mais de ce scénario choisi, tu as pris le parti d'improviser....en découvrant que tu pouvais t'adapter...pas accepter, mais t'adapter comme une étape inévitable....pas se résigner mais comme un détour pour éprouver....que nos rêves étaient encore bien vivants...

Je te remercie d'avoir toujours crié à l’injustice...pas pour nous plaindre...mais pour faire résonner plus fort encore nos rêves anciens...être sûrs que leur écho nous rattraperait au cas où…englouties dans la tristesse de cette adolescence , ils viennent nous réveiller comme réanimées d'un trop long comas...

Les personnes heureuses gardent de leur enfance, un goût de paradis perdu, un parfum de mélancolie et leurs yeux brillants sourient de tant d'amour évident...

Les enfances plus sombres laissent des souvenirs plus noirs...bien entendu, je vois encore passer quelques fois dans tes yeux, les éclairs de ces années obscures. Je devine à tes nuits sans sommeil, le film qui repasse…à tes défis quotidiens le rappel d'un possible à vérifier, à ton énergie passionnée la colère transformée, à ta sensibilité le refus de se résigner, à ta compréhension du monde la promesse de toujours aider ceux qui croiseraient ton regard....

Je te remercie pour le voyage que tu me permets de faire...tu m'as tenue la main pour quitter la forêt ...aujourd'hui c'est le monde que tu m'offres en perspective....

Peu importe ce que tu feras aujourd'hui...qui tu aimeras demain, ce que tu choisiras, ce que tu mangeras…qui s'invitera dans ta vie ou qui en partira…parce que je sais qu'avec ma main dans la tienne, je suis de le meilleur de nous-mêmes....

Je te félicite de m’avoir encouragée à choisir un autre chemin que la fuite...la fuite déguisée en « si j'avais, su, si je pouvais revenir en arrière, si mes parents m'avaient laissé faire, si j'étais née à une autre époque... » La fuite est une illusion...elle finit toujours pas nous rattraper...Alors, tu n'as cru à rien...et surtout pas à leurs prédictions…NON est le mot que tu as prononcé le plus de fois...pendant ces années de gestation...parce que... tu as refusé de porter leurs blessures en besace, tu as rejeté jusqu'à l'enfer la vie qu’ils dessinaient pour nous, tu n'as pas cru en eux quand ils parlaient de toi...parce que nous savions...qui nous voulions devenir, sans se laisser définir par eux...

A toi

Laurette

Avril 2018


Ma fille 

La vie est exquise mais elle est facétieuse...

Quand par 6 fois elle a posé dans ma vie 6 petites merveilles, je crois que je n'avais pas compris...

J'ai cru que c'était à moi qu'appartenait l’œuvre de les veiller...mais la vie, Ma vie, avait d'autres plans pour moi.

J'ai compris bien plus tard que ces mères-veilles, veillaient sur moi..à la lueur de leurs petites flammes... et que c'étaient elles qui me faisaient grandir...par la profondeur de leur amour...

Je me suis inquiétée de chaque genou écorché, chaque front trop fiévreux...

Je me suis enivrée à n'en plus finir de l'odeur de leur peau, me suis ébahie du tintement de leur première dent...j'ai farouchement caché leur première dent de lait, enveloppé leurs premières brassières, me suis émerveillée de leur mains coloriées...j'ai retenu mon souffle à leurs premiers pas de liberté..je les ai vu pousser et pousser encore....me voyant derrière....veilleuse de leurs vies...

De tout cela, je n'ai gardé que la quintessence...et j'ai fait un pied de nez à la vie...m'amusant avec elle...alors que c'était elle qui me veillait...et me laissait avancer...

La vie est une farceuse...

J'ai tout gardé, collé, classé....leur rendant leurs dus...de leurs premiers souliers à leurs premiers dessins... alors que c'était ma vie que je balisais...

Je croyais aimer la vie...alors que je la consommais...je pensais les aimer alors que j'avais peur...mais la peur n'est pas la peur...

Encore une fois, la vie attendait le bon moment...

Quand vous tenez votre enfant dans les bras pour la première fois, vous scellez à cet instant le lien le plus violent qu'il vous est donné de recevoir....la vie qui vit...la vie qui coule...un torrent de sentiments, une tempête d'amour....et vous pensez que chaque seconde de ce lien vous servira de rempart pour protéger ces merveilles de ce qu'elles ont à vivre...mais la vie....a d'autres plans pour vous...et ces enfants sont mes veilleurs....

Il y a un an, comme quelques uns ici, ont pu le savoir, la vie envoyait à ma fille Malaury, un signe d'une grande violence..;en tant que parents et dans ma peau de mère, j'ai touché à cet instant ce que la vie m'avait susurré 25 ans plus tôt....j'ai compris pourquoi j'avais peur autant que je les aimais....je l'avais touché du doigt ce moment que je ne voulais jamais vivre...celui de voir mon enfant à la frontière d'ici et d'ailleurs...impuissante et ligotée...

Mais la peur n'est pas la peur....alors je me suis demandée comment faire pour porter à la place de cette merveille, l'insoutenable...et je n'ai rien trouvé...la vie est restée silencieuse...parce qu'elle ne voulait plus jouer...elle voulait que je comprenne....

Quand en la regardant toute une nuit durant dans cette chambre noire, préférant au comas la presque douceur de l'assoupissement, j’ai calé chaque inspire, chaque expire au rythme des machines devenu le sien....ce n'était pas elle que je poussais..;ce n'était pas derrière elle que je me trouvais..;mais c'est elle, ma Fille, que me faisait tenir...parce que noyée par la peur...elle a compris que je me perdais...alors elle m'a fait respirer, des heures durant.... pour que je m'accroche...

Quand je lui parlais et que les larmes derrière ses yeux fermés se mettaient à rouler...c'était elle qui me chuchotait : « comprends »....

De tout cela que dois-je garder ? ...à un an aujourd'hui de ces heures sombres, qu'ai-je donc compris ?

Je n'ai pas fait grandir ces enfants....ce sont eux qui m'ont poussée, ce sont eux qui ont veillé....ce sont eux les messagers de la vie...et la missive est sans appel...

Depuis un an, je m'émerveille de la voir si grande cette petite fille...au regard profond ...parce qu'elle avait tout compris...

Je pourrais maudire la vie de lui avoir envoyé pareille épreuve et et je lui accorde le droit de la maudire...

Je ne garde que le meilleur : Elle est là, cette enfant chérie et la vie a fait couler sa leçon dans chacun des 365 jours depuis un an...chaque jour j'ai aimé autant que j'ai pu, donné autant que j'ai pu, espéré autant que j'ai pu ..;remercier à chaque fois qu'il était convenu de le faire...

Si ces jours m'ont fait « perdre une mère » retrouver un père, remercier des inconnus pour les lumières auprès de ma merveille,aimer encore plus celui par lequel tout a commencé, goûter sans gaspiller une seule seconde de chaque instant, ressentir et aimer encore mieux chaque petite main de ce foyer...alors je remercie la vie de son immense bonté...

Oui...il ne reste que l'amour de ces heures alors plus noires...je me sens si petite alors que la vie est si grande...alors qu'elle, ma fille, est si belle....

Je n'ai pas fait de guerre, porté aucune médaille, revêtu aucun costume mais heureuse, je le suis....de vous aimer autant.

Ma fille, merci....je t'aime.

Avril 2017


Vous êtes vous déjà demandé pourquoi en évoquant la cave d'une maison, nous pensons très souvent à cet endroit sombre ,froid et humide......que nous souhaitions éviter à tous prix...

Je me rappelle que petite, quand mes parents me demandaient d'aller chercher les pdt à la cave, je devais prendre sur moi et m'entourer d'un maximum de précautions pour affronter ces dangers cachés....

Je retenais ma respiration à l'idée de mettre le premier pas sur cet escalier de bois grinçant....je prévenais le reste de la famille de ne surtout pas éteindre la lumière dont l’interrupteur se trouvait dans le hall...

Une fois engagée, je prenais garde de ne frôler aucun mur, de peur qu'une quelconque araignée ne s'accroche à mes manches...j'imaginais ces milliers de petites bêtes cachées dans les pierres, les plinthes , m’observant en attendant le bon moment pour se glisser dans mon col...Une fois arrivée à la cave, venait l'épreuve de cette grosse caisse de patates dans laquelle je devais plonger mes mains pour ramener le repas que ma mère allait faire...persuadée que sous chacune d'elle, attendait une bête imaginaire, qui a coups sûr, allait me terroriser...

je remontais, soulagée...résolument, je détestais cet endroit...

Adulte, si je descendais plus facilement à la cave ,t longtemps, j'en ai gardé néanmoins ces souvenirs....et je sursautais toujours quand une toile s'accrochait à mes cheveux...c'était toujours avec précaution que je remontais un carton....persuadée qu'une bête s'y était forcément logée....

C'est encore avec une certaine répugnance que je me vois contrainte d'y aller...

D'ailleurs, quand mes enfants étaient petits, je cachais les cadeaux de Noël à la cave....comme s'ils étaient les nouveaux héritiers de ces peurs ancestrales...

Je crois savoir pourquoi....j'ai gardé en mémoire ces histoires d'enfants pas sages, d'enfants curieux...qu'on punissait en les enfermant à la cave....au plus près de leurs peurs....dans la noirceur de leurs angoisses...Je crois même avoir entendu parler de secrets à laisser cachés pour toujours....

Comment se fait-il que l'idée d'un grenier évoque toujours l'étage le plus près du ciel, remplis de malles à souvenirs ou de vieux rêves égarés ? sur un fond de poussière presque magique...

Comment est-il possible que poussés par la curiosité nous réussissions à grimper dans les greniers interdits...comme des explorateurs persuadés d'y trouver la clef de nos vies ? où le sauveur de celles des autres ?

Le problème de beaucoup c'est d'avoir confondu la cave et le grenier....Non....en fait, je crois que le problème de beaucoup c'est d'avoir cru à ces vieilles histoires....Parce que quand j'y repense...c'est moi qu'on envoyait à la cave....c'est à moi qu'on demandait d'y aller....parce que l'autre n'avait pas le courage de descendre un peu plus loin en lui...

Le problème de beaucoup c'est d'avoir eu peur de descendre à la cave et d'espérer grimper au grenier pour y trouver un conte de fée....

J'ai décidé de réécrire cette histoire...

Dans ma nouvelle maison, la cave est immense.....basse, pleine de recoins et de briques.....J'y ai installé de bons éclairages, j'ai décidé de la laisser respirer cette cave...en y laissant l'essentiel....

J'ai jeté ce qui pourrait servir, ce qui avait servi, ce qu'on m'avait donné, ce qui était là, déposé par les autres propriétaires....et puis dans mon grenier, j'ai ouvert ces malles....imaginaires...j'y ai trouvé finalement, des restes de vies, des vieux bouts de chiffon, des rêves irréalisés, des promesses non tenues...des espoirs ravalés, de la mélancolie défraîchie....J'ai repeint la malle en blanc et l'ai installée juste devant mon lit....pour y accueillir chacun de mes rêves, juste là, tout de suite....et le matin, en me levant... j'ouvre le couvercle de cette malle....et je chuchote à ce nouveau rêve....va....vis....à bientôt....

Automne

Châtaignes brûlantes sous la buée de mon souffle

Cachées au cœur de mes mains emmitouflées

La laine sur mes doigts rend la tâche fébrile

Et mes pieds refroidis trottinent cette danse improbable

Rendez-vous immanquables de ces moments d'hiver

Mon nez rougi sous l'écharpe de grand mère

Les épices de cannelle dans mon verre brûlant

Me font sentir étrangement vivante...





A une amie...

Petite fée déposée sur ma route....

Douce maman en tablier

Ou tendre maîtresse de l’écolier

Plume jolie , parfumée de pâtisseries

Vanille, mousse et nougatine...

Aujourd’hui semeuse

Gardienne de vie

Veilleuse tranquille de l’infini petit...

Douce Sandrine, vole...vole....

Douce Sandrine, butine de-ci, de –là...

Tous les secrets que tu nous rapporteras.. 




A mes enfants

D’une mère à ses enfants...

D’une mère aux autres mères....

D’une femme à quiconque se sent nourrit de l’amour infini à cueillir en chacun et chaque instant...

J’ai toujours voulu mes enfants libres...libres d’être ce qu’ils devaient être, libres de penser ce qui les traversait, libre de choisir leur route indépendamment de mes idées, mes manques et mes besoins....libres et indépendants...la dépendance, ce n’est pas l’amour....et je lutte contre cette idée....farouchement.

Pendant toute ma vie, remplie de projets, remplie d’enfants, nous avons tenté de donner à nos amours toutes les nourritures essentielles à ces être en devenir....la confiance en notre amour inconditionnel et inaltérable, la confiance en ce qu’il cachait comme trésor au fond de leur cœur, ce que j’avais vu, moi, lors de notre premier regard...alors que nous nous reconnaissions....

Une vie passe, absorbée par un quotidien...nous luttons contre les influences diverses, nous résistons aux conseils avisés, nous les aidons à se révéler, à éclater...

nous les aimons...nous nous éloignons aussi quelques fois...nous perdons de vue bien trop souvent, les étincelles magiques de ces premiers instants.....Nous résistons aux loyautés, aux habitudes, nous transgressons nos éducations...nous doutons aussi souvent....

Combien de fois me suis-je demandée si je n’avais pas été trop dure....combien de fois me suis-je demandée pourquoi je n’avais pas pu être ainsi, ou comme cela...

J’ai espéré, que chacun d’entre eux, puisse voir derrière ces exigences....j’ai prié pour que chacun d’eux aient pu retenir qu’au-delà, se cachait une femme d’une sensibilité immense, oh combien abîmée par la vie, ô combien malnutrie, ô combien scellée par ces 6 cœurs...

J’ai prié aussi pour que ces êtres là puissent toujours, donné du sens à ce qu’ils sont amenés à vivre, qu’ils ne cessent jamais de croire, d’aimer, d’aider, d’espérer....

Un jour, après toutes ces années d’attente et de moments que l’on croit éternels, l’un d’entre eux, si bien nourri de cette confiance, décide de donner sa vie aux autres...y compris à ceux qui n'en sont pas dignes...pour lutter contre la folie humaine...

C’est un profond mélange troublant de danser entre la fierté, le soulagement d’une leçon acquise, et son propre cœur déchiqueté....

Hier, sur le quai de la gare, 45 ans de larmes ont libéré ce cœur si bien protégé qui avait tant demandé....

En serrant le visage de mon fils, cet homme magnifique, j’ai repensé à ce petit corps posé sur mon cœur, 20 ans plus tôt....j’ai croisé ses yeux remplis d’amour...j’y ai lu tant d’histoires, tant de promesses...tant de liens scellés...que je suis bouleversée d’avoir touché du doigt la pureté de l’amour....j'ai frôlé sa nuque si douce...si familière...si aimée...

J’ai vu les larmes de ses frères et sœurs, j’ai entendu les promesses de chacun de s’aimer toujours, j’ai vu ce travail de 20 ans, si bien récompensé....

J’ai intercepté leurs regards complices dans leurs yeux rougis d’amour et de tristesse....j’ai lu leur surprise de voir ainsi leur mère, nue, désarmée....livrant à chacun, une fragilité impudique mais que j’ai décidé d’assumer....

J’ai vu dans leurs yeux surpris, ce qu’un père submergé pouvait faire naître comme fierté et déroutement....

Je suis si soulagée de ressentir ce lien si fort entre chacun de nous, si soulagée de me dire qu’ils retiennent, adultes et plus petits, ce que nous avons semé, derrière nos exigences, notre humilité et notre amour....

J’ai reçu, en cadeau des « je t’aime » à n’en plus finir qui me font encore pleurer à cet instant....

Je n’ai jamais pensé que je méritais d’être ainsi aimée...j’ai entendu tout cela, je l’ai reçu....

Mon fils m’a dit : J’ai l’impression qu’une partie de moi a disparu, je suis perdu...mon amour pour vous est démesuré, je vous aime à l’infini.... je voudrai vous serrer dans mes bras.... »

Mon cœur de maman, de femme, d’enfant aussi, pleure et n’arrête pas...parce que cela me bouleverse...pas ce manque viscéral que je vais dépasser...programmée pour la vie depuis toujours, je ne sais que franchir les montagnes, souffrance ou pas en besace...mais recevoir en cadeau , après 20 années de prières, 7300 fois énoncées, des paroles si douces et si fortes...

Regarder mon fils, dans ce train, fixer son père, leurs regards bouleversés par tant d’amour...comprendre ce qu’ils se disaient....

Me sentir aspirée par ce train qui s’en va....voir mon cœur s’étirer vers ce wagon, retenant ce qui ne pouvait l’être, avoir le sentiment qu’on m’avait arraché un bras....leur vie commence, la mienne continue....Je vous aime.....vous êtes les étoiles de nos vies....le berceau de nos vies....des vrais êtres d'amour....beaux, éclairés, guidés....mes chers enfants, merci....mon cher mari, bravo à toi.... 




Tristesse

Rue Bonaparte, Paris.... Année 2004... Peu importe le jour.....L'essentiel,à cette heure est simplement d'écouter ...

Frédéric est déménageur, il travaille pour un célèbre antiquaire de la rue Bonaparte...

Je crois qu'il est plus qu'un déménageur...;il est un faiseur d'espace...un nettoyeur des lieux...un libérateur de territoire...peut-être même qu'il donne une seconde chance à des objets oubliés...

des objets sans identité...avec une histoire qu'on ignore... peut-être même sans histoire...transportés d'ici de là par les aléas de la vie...chahuté par les expériences de uns et des autres...

Frédéric récupère donc le mobilier, les objets dont les particuliers plus ou moins connus veulent se débarrasser..faute de place...où dont ils ne veulent plus s'encombrer avant un déménagement...il faut dire que certains sont passés de mode, d'autres en ont hérité, certains sont en double...

C'est donc à lui que revient la tâche de débarrasser les lieux de ces antiquités...

Place Mireille, dans le premier arrondissement, il possède un garde meuble dans lequel il stock le fruit de son travail avant que l'antiquaire de la Rue Baltard ne vienne choisir les biens d''exception...il faut entendre par « exception », ceux répondant à des codes précis, datés et conçus par des maîtres...

En dehors de ces quelques pièces privilégiées, peut-être que vous l’ignorez, mais tout a une mémoire...les meubles y compris...A force de fréquenter toutes sortes de lieux,d 'appartements privés, d'hôtels particuliers, des chambres de bonnes, il a appris à ressentir et écouter...

Au dessus de son hangar, Frédéric a installé une chambre spartiate...un matelas sur le sol, une table de chevet, quelques maigres affaires, l'essentiel étant ailleurs...dans un autre chez lui...mais, ça, c'est une autre histoire...

il lui arrive même,certains soirs d'entendre, comme des murmures....parfois, des chuchotements...des rires malicieux, quelques fois, un sanglot étouffé.. parfois des hurlements de chagrin...et ces sons particuliers viennent de l'essence même du bois...dont sont faits les meubles qu'il rapporte chaque jour....

Il décide de mener l’enquête quand la tristesse de l'un d'entre eux se fit plus forte, plus audible, plus palpable....Alors entre les malles, les pétrins, les confituriers, les armoires Louis Philippe, il s'approche d'un meuble de tapissier...rempli de petits tiroirs....73 au total pour être précis...;le tiroir des rubans, le tiroir des pressions, celui du mètre, des coupe fils, des épingles...et dans la lueur particulière de cette nuit d'août, un tiroir plus que les autres se met à pleurer plus fort...

Bien entendu, comme je l'aurais fait moi aussi, il a ouvert ce tiroir plus long que les autres, plus profond que les autres...

dans lequel se logeait un petit coffre en bois....Les pleurs venaient de là, même moi, là d'où je suis , j'arrive à les entendre..;ces sanglots que la tristesse laisse échapper...

A l'intérieur, une photo en noire et blanc d'un enfant...la photo indique au dos : A mon défunt Tristan, place du Pont Neuf, Paris 1927....Encore une autre rue...encore une autre histoire...

Cet enfant d'un autre temps...certainement décédé, pleure chaque soir, fermé dans son tiroir, terrifié par le noir..;il cherche la lumière qu'autrefois les tiroirs ouverts lui permettaient de trouver...

Le lendemain matin, Frédéric se rendit à au domicile du propriétaire du meuble de tapissier et lui glissa dans la mains, une enveloppe avec la photo à l'intérieur, en lui disant : Tenez, je vous la rends, vous l'avez oubliée...elle vous appartient ».

De retour à son atelier, il décide de faire peau neuve...depuis longtemps, il se sent alourdi, triste parfois, fatigué souvent, inquiet, anxieux, un peu perdu...et si ces émotions qui l'assaillent, appartenaient à d'autres ? Si ce qui habitait son cœur venait d'autres cœurs ? Si les peurs qu'il ressentait cherchaient encore les bons propriétaires ?

Il prit donc la résolution qu'à partir d'aujourd'hui, il cesserait de récupérer tout et n'importe quoi...Qu'avant d' atterrir chez lui, chaque meuble serait soigné, lavé, débarrassé de toutes traces du passé, fouillé, et que chaque objet oublié serait rendu à son propriétaire...afin que ce lieu soit un lieu de transit, une sorte de maison de convalescence pour meuble précieux...

Alors, bien entendu, des Frédéric, j'en connais des tonnes...mêmes des petits Frédéric qui récupèrent et portent sur leurs épaules des fardeaux bien trop lourds,des tristesses appartenant à d'autres...des colères restées coincées dans des tiroirs fermés...



Novembre

Quelques jours...

Pour se préparer

Sur ces lits orangés

Se dire que tout va changer...

S'attendre à cet au revoir

Comme sur un quai de gare

Faire durer nos dernières heures

S'enlacer, s'émouvoir

Se regarder et s'entendre...

Adoucir sa maison

Fermer ses volets

Quelques châtaignes sur la braise

Un potiron sur le chaudron

Premiers matins argentés...

Jeunes buées sur nos bouches...

Et dans la malle de mon grenier

la promesse de novembre... 


Avancer

Une paire de bottillons...

Pour remonter le temps...

La besace à la main,

J'irai récupérer entre deux chemins,

Mes doux souvenirs égarés...

Au gré du vent des jours passés

Quelques larmes lointaines

J'irai semer...

Au détour de ma mémoire

J'irai cueillir le rire des cœurs aimés

Et sur la route de ma vie

J'irai chercher les jours d'après


 


Mon amie est un peu déçue...ses derniers enfants ont fêté leur 8 ans...elle a organisé cet après midi particulier dans l'espoir que ce jour soit magique...

Elle a des convictions que je partage, prône l'alimentation saine, bio, et vivante....et souhaitait convaincre ces têtes blondes des bienfaits des vitamines...

Les enfants sont arrivés, ont joué quelques instants...et puis sont passés à table pour souffler les bougies...

Un des gamins a demandé où étaient les bonbons....Magali a répondu qu'il y avait mieux que des bonbons...et a posé sur la table des fruits séchés....fraises, abricots, raisins, bananes, myrtilles, cassis...On leur aurait servi des sauterelles grillées, ils auraient réagi de la même façon...

Devant la grimace des enfants, elle les a invités à goûter à ces saveurs vraies....

Berk...voilà ce qu'a répondu le premier....

le second a déclaré : je n'aime pas...

Le troisième a lancé : je veux une glace

Le quatrième a insisté : Quand est-ce qu'on ouvre les paquets ?….

Alors vous imaginez qu'en apportant son biscuit « rhubarbe carottes »...les têtes blondes ont cherché en vain, le nappage au nutella....agrémenté des M&Ns rouges et jaunes...

A la place , un coulis de fruits rouges parsemé de noix de coco....

Les enfants ont goûté, mâché avec lenteur et laissé leur part pour retourner jouer après avoir éclaté quelques ballons...

Mon amie a tenu bon...elle a insisté pour permettre à ces enfants de goûter à autre chose...

Et je crois volontiers que tout est question d'éducation...

Dans nos têtes on a mélangé « éducation et croyance »...

Je suis toujours effarée de constater dans les écoles, la pédagogie du goût...quand je prends connaissance des menus de cantine...Aujourd'hui « nuggets frites....

Où est l'éducation ? Celle qui permet de s'élever, faire sauter les barrières ou en tous cas, apprendre à les sauter ?

Je ne vois qu'incitation, influence, manipulation....propagandes et mensonges...Oui...je pèse mes mots et en parlant de goût, savez-vous quel est celui de la vérité ? Celle qu'on veut nous cacher ?

On nous fait croire que le sucre est bon pour la santé, que les produits laitiers sont nos amis pour la vie, que ce yaourt est fait à l'ancienne....et cela nous suffit ...car nous pensons encore comme le petit enfant que nous étions...quand notre mère nous disait : « mange, ça va te faire grandir »....comme si nous n'avions pas encore terminé cette croissance ...pourtant sur tous les carnets de santé, le contrôle de la courbe s'arrête à 5 ans....

J'ai cherché alors un peu plus ailleurs....au delà de la voix douce de ma maman ou de ses mains qui sentaient le savon...j'ai lu des livres, écouté des émissions, pris connaissance d'études d'éminents spécialistes, surfé sur le net....des millions de chemins criant de vérité...pesant le pour, le contre...et là....c'est le goût de la liberté qui est arrivé en premier à mon palais :

Liberté de croire, liberté de chercher, liberté d'argumenter, de refuser, de remettre en question, de poser d'autres questions...liberté de prendre de la hauteur...

Alors quand on me rétorquait : NON, ce n'est pas vrai....je répondais alors à l'autre que ce qu'il me donnait était simplement un point de vue....

Non...ça n'existe pas...ce n'est pas une preuve....juste un avis....alors finalement je me suis autorisée, en sécurité, à faire discuter mes croyances avec ma curiosité....la goût de la liberté avait une sacrée saveur...parce que j'ouvrais les portes à des millions de possibilités...et savez-vous où m'a menée ce goût ? A celui de la réussite....à celui de la victoire...

Alors quel goût a la victoire à votre avis?Certainement pas celui du dégoût...

Vous savez, ce goût que l'on ôte de soi....C'est vraiment la question que nous devrions tous nous poser...

Dans le cas ce mon amie, le goût de la réussite c'est d'avoir tenu bon quant à ses convictions...elle a planté une graine de différence et de curiosité dans la tête de ces enfants....quant à elle, elle a pu se régaler du gâteau rhubarbe-carottes....arrosé d'un coulis de rire de ses petits...

Quant à moi, ma réussite, c'est cette graine de curiosité qui m'amène à savourer le goût de ma liberté...

Et vous ? Savez-vous quel goût à votre liberté ? 




A chacun son voyage,

Chacun de nous, à sa façon, partira en quête de réponses…. Certains, violemment, confrontés à un accident de la vie, une maladie, un deuil, une séparation, une perte d’emploi…

D' autres, plus confortablement, logiquement motivés par un cheminement volontaire, pas toujours facile, parfois un peu confus, iront cueillir les réponses, là où elles se manifesteront…une lecture, une rencontre, une saison qui change, un différent familial…tout devient outil, tout devient réflexion….

C’est cela qu’on appelle, donner du sens à sa vie….

J’ai commencé ce voyage, le jour de ma naissance…comme beaucoup j’imagine….

Je m’apprête à un autre voyage initiatique…certes moins physique qu’un sommet à gravir…quoique…

Vaincre la dépression, la dépasser, l’apprivoiser, ne plus en avoir peur et ne plus jamais avoir peur de rien reste un des plus beaux cadeaux de ma vie…je suis née , il y a 44 ans, je me suis débattue pendant 30 ans, j’ai respiré pour la première fois, il y a 14 ans….ce fût violent, enivrant mais cette vie ne peut, désormais, plus s’échapper de moi…

A la rencontre de chaque naissance, j’ai caressé une autre plaie, un autre espace à comprendre….je n’ai fait qu’avancer…

Me voilà complète pour aller plus loin aujourd’hui….

Cette année, je sens un appel intérieur plus fort, que je ne distingue pas encore vraiment…

Je sais qu’il s’agit de moi, de mon « vrai » moi, celui que je dépouille et dénude au fil des années.

Je le vois, je l’entends, cette petite voix, pourtant si distincte…Elle me fait signe, parce qu’elle a compris que je l’avais vue…

Le jeûne de l’année dernière m’avait permis d’explorer un peu plus intimement mes limites, mes envies falsifiées en besoins…

Cette année, a été une année très difficile de laquelle, je ressors finalement épuisée …mais nourrie de plénitude…

J’ai accepté….j’ai admis….et j’ai compris…je sens que c’est juste là…caché derrière…

Je me prépare au grand voyage, à mon grand voyage initiatique….

Petite lubie d’une citadine blasée ou luxe possible d’une existence finalement satisfaite, crise mystique, bilan de l’après quarantaine…peut-être, mais je ne crois que non….Il me semble être animée d’un peu plus de profondeur pour ne pas laisser libre cours à ces non sens…

Juste une logique de cheminement, une étape qui s’impose à moi, que je redoute…mais comme à chaque fois, dans ma vie, tout ce qui m’a fait peur m’indiquait la direction à suivre….

Qui suis-je en dehors du « faire », du « verbal », du « manger »…Qui suis-je lorsque je ne parle plus, ne mange plus, n’agis plus… lorsque je me déconnecte de ma réalité, de mon emploi, de mes obligations, de mon statut ?

Que reste t’il de vivant en moi une fois toutes ces actions endormies ?

C’est ce que je veux chercher à partir de vendredi….

Je pars quelques jours en retraire, dans le silence obligatoire et absolu, sans nourriture autre que mes lectures, sans contact autre que ces âmes pieuses ; sans agir autrement que par la respiration…

Je vais ouvrir mes oreilles, mon âme, mon cœur….et je vais chercher dans ces quelques 4320 minutes de silence cette voix que je sais quelque part en moi…

A partir de demain, je ne mange plus, à partir de vendredi, je ne parle plus….et à partir de cet instant, je suis fébrile, craintive, impatiente …et le vide qui tente de m’effrayer me dit que le travail a commencé….

Je ne sais pas qui je vais trouver, de qui je vais faire la connaissance…je suis juste certaine de l’avoir croisée, un jour...

Et...peut-être que le partager avec vous, scelle cette pierre qui m'empêchera de faire marche arrière...




Tant a été écrit sur l'amour...

Tant a été dit

Et pourtant...

Il se vit encore...

On en parle encore...

Chacun le décline

Selon son époque, son moment...

selon le regard en face de mes yeux ...

Au fil des jours il se mue

Se corrige

Papillonne et se défait

Se réforme

Grandit

II se déguise

Il s'améliore

Il sème et se tisse

Il crochète et recoud...

Certains aiment pour toujours

Certains pour un temps

D'autres à contre temps

Parfois même pour plus tard...

Il s'invente inlassablement...

Petite, avec effroi, j'écoutais ces vieilles dames parler de leurs amours désenchantés...

De cet amour qui se transforme en vague tendresse, parfois même en mots qui blessent, il n'y avait qu'un pas...

De ce jour de noces à ces moments de déclin...

Je me suis fait la promesse de l'écrire autrement...

Aimer peu importe comment mais aimer toujours...passionnément...en se brûlant peut-être...mais pas pour semblant...

Aimer

Le dire, le faire, le crier, l'écrire, le pleurer, le jurer, le goûter, en rêver, en mourir...

Aimer

Et le vivre....




Lorsque je repense à ma vie, je me surprends à tourner la tête en arrière..;et me viennent alors à l'esprit des sons...des images, des sensations....

Comme un photographe peut le faire avec son objectif...immortaliser l'instant...celui qui nous semble important...l'éclat de rire, les yeux surpris, la moue discrète...

Et lorsque je regarde ces 47 années par dessus mon épaule, je ne vois pas défiler ma vie, comme je pourrais regarder un film...J'entends d'abord des sons...mon oreille, se tend...souvent la droite, je ferme mes yeux pour laisser apparaître ces images...

J'entends des pas... et le son de la neige qui craque sous les chaussures d'hiver...j'entends quelqu'un qui marche...Ce bruit si caractéristique , ce « critch »...lorsque le pied se pose dans cette épaisseur blanche en laissant cette empreinte bavarde...et puis arrive le  souffle de quelqu'un qui respire l'air froid de cette saison ...Je ressens dans mes narines, la fraîcheur glacée de ces jours d'hiver...Vous savez, lorsque l'air si vif pénètre dans votre corps...et les images arrivent...C'est moi qui marche , toute emmitouflée, émerveillée par ces flocons attendus ...je frappe dans mes mains pour décoller la neige collée sur mes  moufles et le son sourd , feutré contraste avec la lumière de ces paysages si blanc...

J'adorais avoir si  chaud dans mon manteau alors que l'air froid sur mon visage me cinglait la peau...

L'adulte que je suis aujourd'hui ignore ce qui se passait avant ce jour et le lendemain de ce moment là...je retiens juste cette photo....un paysage d'hiver, silencieux, apaisé, plein de promesse et de foi en demain...presque rassurée de notre futur rendez-vous...peu importe hier, demain est inconnu...je signe avec ce souvenir le premier contrat de ma vie...

Je repense aussi à mes chaussures neuves de rentrée scolaires...Une paire de mocassins bordeaux....l'odeur de cuir avec lequel je m’enivrais...d'ailleurs, aujourd'hui encore, l'odeur des chaussures neuves éveillent en moi le même plaisir … Mes grands parents me les offraient chaque mois de septembre afin d'être prête pour cette nouvelle année..;celle qui me permettrait de grandir, bien posée sur mes pieds...je les remercie encore de cette attention...Je scelle avec ce cliché le second engagement de ma vie : Tout  se renouvelle, tout  est à  construire...je peux tracer mon chemin...

J'ai les odeurs de clémentines adoucies par le parfum du sapin...je revois un dimanche après midi...mes beaux parents arrivant, tous deux bien emmitouflés pour la brioche à partager..,ou bien encore ces promenades à vélo les soirs d'été...au milieu de la nature, au plus près de nous...

Je savoure encore le riz au lait de ma grand mère, saupoudrée de cannelle...je me revois sentir l'écharpe de ma mère, parfumée à l'air du temps....de Nina Ricci...

Bien entendu, il y eut des moments très forts...mais ceux là, résonnent comme une évidence...inutile de les figer dans un souvenir...ils m'ont construite...C'est comme si, finalement ma vie, tenait dans une poignée...se résumait à des odeurs, des impressions...

En dépit des tempêtes, des épreuves que mon âme a eu à vivre...malgré les moments de découragement, malgré ces impasses aliénantes, ces errances quelques fois si inquiétantes...en tournant ma tête sur ces 47 années...j'ai le vertige...parce que dans cette immensité, seuls résonnent ces cailloux blancs, laissés comme le petit Poucet...des souliers neufs, des jours d’hiver, le silence de la neige, le souffle du vent frais..;autant de traces impalpables...mais si consistantes...

Et soudain, je me sens bien...parce que je comprends...j'ai retenu le meilleur, l'essentiel...mon inconscient a bien travaillé...aujourd'hui, en dépit de tout ça...je m'aperçois que j'ai aimé ma vie...que le constat est là...

On cherche souvent  à devenir, à prendre sa place, à construire, donner du sens...se torturer par tant de questions...par peur de regretter...par peur de ne pas y arriver...mais finalement, être heureux c'est aussi simple que ça...s'apercevoir que nous conservons ce que nous pensions si futile sur le moment...si ordinaire...si commun...Notre inconscient, lui, savait...ce qui était important, ce qu'il fallait pour le nourrir...afin d 'avancer sur cette vie...

Alors, aujourd'hui, je vous propose simplement de commencer cet album photo en y plaçant quelques clichés, simplement en tournant la tête...en fermant les yeux...et en laissant venir à vous...ces quelques plumes du passé..qui ont fait que votre vie..;était bien la vôtre...

Il vous appartient de garder l'essentiel, le plus doux, le plus pur...pour baliser ce chemin parcouru...



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Aujourd'hui j'ai rendez-vous avec le soleil...C'est étrange comme note...C'est ce que j'ai écrit, il y a plusieurs années sur un vieil agenda...Je me demande encore pour quelle raison, je l' ai conservé...

Mes agendas me servaient de journal intime...vous savez, ce genre de journal avec un petit cadenas...celui qu'on cachait sous le matelas...

bref, tout ça pour reprendre cette note qui m'informait d'un rdv important...J'avais indiqué sur la page de ce jeudi 14 février, penser à prendre rdv avec le soleil pour le 3 janvier 2017 …

Et tout à coup, tout m'est revenu...

J'habitais à l'époque, une maison de village, très chaleureuse, à étages...typique de la région bressanne,,,elle avait su conserver son cachet...

On accédait à la maison par une petite cour intérieure enchâssée entre deux habitations...j'avais fait courir une glycine pour colorer les murs des voisins...j'en avais fait un petit coin de paradis...installé un salon de jardin en fer foré, repeint en vert sapin, récupéré des lampes tempêtes...

Au fil des jours et des saisons, j'ai dû me rendre à l'évidence que le soleil me gratifiait de sa présence de 10h00 à 12h00, les jours dégagés...et que le reste du temps, j'avais seulement droit, d'accord, à ma tranquillité, d'accord à un carré de ciel bleu...mais à deux heures de rayons...

Oui, c'était très intime, ma petite maison pleine de chaleur...ma glycine parfumée, mes vieilles pierres...le charme de l'ancien...Alors j'hésitais...

J'étais partagée entre partir et quitter ce nid presque douillet qui avait accueilli mes espoirs d'indépendance...et rester entre ces 4 murs...familiers mais qui résonnaient comme un paysage sous le brouillard...on imagine ce qu'il y a derrière sans toutefois s'y aventurer...

Alors, en retombant sur cette note et bien, je me suis rendue compte qu'aujourd'hui, je suis toujours dans ma cour où mais ma glycine fleurit... je prends mon thé avec un gilet dans cette cour ombragée...et les murs sont toujours là... je n'ai pu démolir les maisons voisines, ni déloger les voisins...ni ordonner au soleil de rester de 10h00 à 18h00 planté au dessus de ma tête...je me rends à l'évidence que cet agenda avait sonné comme une alarme à répétition...

Et puis, un jour comme aujourd'hui, c'est carrément la vie qui vint frapper à ma porte...

Dans ma boite aux lettres, je suis tombée sur un mot manuscrit : Cherche maison de village, votre bien nous intéresse...merci de nous contacter …

Allais-je ajourner ce rdv ? Allais-je encore me perdre en prétexte ou bondirais-je sur le clin d'oeil que la vie me faisait en me regardant droit dans les yeux...

Je ne sais pas ce que vous auriez fait à ma place...j'ai vendu ma maison...j'ai récupéré mes années de loyers...pour un coquet apport...j'ai acheté un terrain....au milieu de nulle part...j'y poserai une pierre...puis deux...avec seules frontières le lever et le coucher du soleil que je peux observer matin et soir...en savourant une limonade bien fraîche....

Je ne sais pas pourquoi je vous parle de tout cela...allez savoir...simplement peut-être parce que de là où je suis, je vois comme des fourmis dans vos jambes....



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Je sais que j'évoque souvent ma grand mère et je ne résiste pas à l'envie de recommencer...

Quand je lui demandais si elle avait peur de mourir…elle se moqua de moi en me disant : peur de mourir ? Il y a bien longtemps ma chérie que j’ai décidé que je n’aurai plus jamais peur de rien…j’ai décidé de tout aimer…de tout vivre, d’aimer avec gourmandise toutes les étapes de ma vie…chaque instant, chaque heure…les salées, les sucrées, les moments plus amers, ceux plus forts…et même repue, j’ai tout vécu…regarde…alors la peur ??? Pourquoi donc ? La vie est un festin…

Bien sûr, arrivera l’heure de ma dernière tisane…et celle, là, je te promets de la boire cul sec…parce que j’ai quelques mots à dire à un certain Monsieur…

En attendant, quand sa dernière tisane fût servie…on m’a demandé ce que je souhaitais récupérer de ma grand-mère…et j’ai repensé à ce qu’elle m’avait dit….Tu vois, il est de coutume qu’un bijou se transmette, que le mobilier se partage…qu’est-ce que c’est ennuyeux…par pitié, viens à la maison et laisse ton âme décider….alors…c’est ce que je fis…un jour de décembre…

J'ai pris dans ma main cette clef qu'elle même avait l'habitude de tourner de l'autre côté de la porte...et je suis entrée dans cette maison du passé...

L'odeur de ce grand hall d'entrée où chacun déposait sur le porte manteaux perroquet de gauche, la veste ou le foulard qui nous habillait...nous quittions nos chaussures en dessous pour enfiler des chaussons très doux...Alors je le fis encore une fois comme un rituel de passage,

Je me suis dirigée vers le cuisine qui quelques mois auparavant jouait une musique de couvercles, de parfums de fraise en confiture, de sa voix qui chantonnait...de chocolat chaud à la sortie de l'école dans lequel je trempais ma brioche beurrée...Devant la porte de cette cuisine, j'ai regardé cette vaste pièce où chacun refaisait le monde lors de nos repas de familles et des assiettes sorties à l’improviste…Dans cette cuisine, j’y avais rempli mon ventre tout autant que mon cœur…mais c’est un peu plus loin que mes envies souhaitaient me mener...

J’ai continué mon cheminement à pas de velours et je me suis saisi du bougeoirs posé sur le guéridon ou l’on rangeait les clefs .

J’ai eu envie de voir cette maison à la lumière de la bougie… à gauche un petit salon où ma grand-mère avait installé son piano…héritage de sa mère …Je crois qu’elle aurait espéré que l’un d’entre nous s’essaye au clavier…

C’est la pièce d’à côté qui a commencé à m’appeler…et j’ai compris pourquoi : La vigne qui courait sur la bibliothèque commençait à manquer d’eau et en dépit du départ de la grand-mère pour une nouvelle vie, ailleurs, elle méritait de verdir encore…J’ai décidé alors de fermer les yeux et laisser venir à mon esprit les premières images que ce lieu m’inspirait….

Derrière mes yeux fermés, la bougie posée sur la table basse j’ai vu une photo en noir et blanc…première indice…j’ai donc ouvert la malle situé au pied de la bibliothèque pour plonger ma main…et J’en ai sorti une gravure…une femme en robe rouge, longue, cheveux au vent…Elle tenait dans sa main une pomme, était adossée à un arbre…un tambour à ses pieds...derrière elle, un brouillard épais…et en plongeant dans la photo, j’ai remarqué que ses pieds étaient en fait les racines d’un arbre…Ma grand-mère me donnait le premier indice : Tu sais d’où tu viens….M’invitait-elle à traverser ce brouillard ? Je crois que oui, car au dos de la photo il était inscrit : « c’est toujours derrière le rideau que l’on trouve la vérité….

Je suis sortie de cette pièce ,ai pris la première à gauche : C’était la chambre de maman …A son départ de la maison, mes grands-parents l’avaient transformée en chambre d’ami….Que dis-je en chambre de princesse…Le lit à baldaquin avait abrité mes vies imaginaires…alors, j’ai poussé le tissus épais et j’ai touché des doigts la douceur de l’édredon…

Derrière le rideau se cache la vérité…je me suis allongée sur le lit de maman, ai soufflé sur la bougie et fermé les yeux…le tic-tac du réveil m’a fait glisser doucement vers la somnolence qu’inspire les maisons si calmes…et j’ai entendu un bruit…le bruit d’une grille que l’on pousse…du genre des vieilles grilles des parcs des propriétés anciennes…ce genre de grilles en fer forgé qui conduisent le promeneur à découvrir la splendeur des parcs arborés…J’ai commencé ma promenade en suivant le sentier à l’herbe douce et j’ai vu, suspendus aux branches des noisetiers, des petites cages dorées…je me suis approchée, les grilles étaient fermées… je me suis vue ouvrir toutes les petites portes de ces cages, pour libérer ces oiseaux retenus prisonniers…laissant sur leur sillage une pluie d'étincelles comme celles de la fée clochette...La nuit qui arrivait bientôt dessinait dans le ciel les premières étoiles...et cheminant encore sur ce sentier d'automne, c'est une vigne aux grappes gourmandes qui appelèrent mes mains...et j'ai repensé à celle du jardin de ma grand mère dont je m'étais extirpée le temps de ce rêve...c'était le 3ème indice...

Quand tu auras découvert la vérité, alors veille à ce qui te nourrira...choisis tes mots, ta vie, tes rêves, tes amies, tes passions...Ce qui rentre en toi doit être à la hauteur des denrées les plus précieuses...

Où les trouver ces denrées, ces envies, ces amis, ces rêves, cette vie extraordinaire... quel chemin emprunter ?

A peine cette voix avait prononcé ce dernier mot, que je me suis retrouvée dans une mécanique de roulements comme dans le film « les temps modernes » de Charlie Chaplin...abrutie par ces chaînes ininterrompues, vissant des écrous à un rythme effréné ...de plus en plus rapide, scandé par les bruits réguliers de ces machines infernales...même entraînée sur ce tapis de production, projetée dans les chariots, prêts à partir pour l'emballage....J'ai ouvert les yeux, comme pour m'extirper de cauchemar...le souffle court, les cheveux en bataille....ma grand mère me soufflait : Le réveil est toujours possible même au cœur de la tempête...Tu peux toujours changer de direction pour goûter aux temps plus cléments...

J'ai bondi du lit de maman, enfin, je crois que j'étais prête à poursuivre...je laissais ici, la vie de ma mère,les rêves de ma grand mère , mes jeux d'enfants, mes rêves de princesse ou de fée magicienne...

Je me suis redirigée dans la cuisine, déterminée à savourer et appliquer l'héritage de cette femme....Je savais d'où je venais, je décidais maintenant d'aller là où je souhaitais parce que j'avais soulevé le rideaux de mes peurs pour mieux y comprendre mes envies... Elle avait glissé en moi, dans mes veines, le courage de choisir et décider...Je pouvais cheminer où bon me semblait parce que le ciel était toujours éclairé...


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Le gilet à l'envers

Ce matin en me levant, à taton, j'ai pris ma robe de chambre, je l'ai enfilée et je suis descendue préparer le petit déjeuner, encore dans le silence de la nuit...

C'est un moment que j'aime beaucoup, ce début de journée... où chacun dans ma maison, finit de discuter avec la nuit...

De mon côté, certains gestes habituels me permettent ce réveil en douceur...les fruits que je sors du panier, l'eau du thé que la bouilloire fait frémir, le café de ma fille, le miel de mon fils....

Les tasses sont posées, les serviettes à carreaux dans leurs anneaux de porcelaine rejoignent la place de leurs destinataires...et mes idées s'éveillent en même temps que je me réveille...

J'entends alors quelques pas feutrés dans l'escalier...suivis de quelques autres pour ce premier repas...

Nous montons nous préparer pour rejoindre nos bureaux, leurs écoles, nos clients, nos patrons...et c'est ainsi au cœur de nombreuses maisons...

A midi, je rentre à toute vitesse et j'enfile au passe, un vieux gilet, suspendu au porte manteau de la porte de la cuisine...

Quelques fois, en revenant de l'école, j'entends : Mais, ton gilet est à l'envers !

Crois-tu ?

Oui, regarde..;effectivement, les coutures courent sur mes épaules, mais je suis si bien dans ce lainage familier...

En repartant pour ma journée, je quitte mon gilet et le suspends pour le remettre l’endroit cette fois à mon retour du soir...

Ainsi va ma vie...Entre ce vieux gilet, fidèle compagnon de mes besoins de douceur...de travaux, de peinture, de cuisine, de fraîcheur ….le fait qu'il soit devenu réversible..;en dépit des coutures et des remarques...

Ce gilet, usé de quelques années a vu me grossesses, mes travaux de peinture, de javel,de rénovation de meuble, mon jardinage, le ménage, le bricolage, les préparations des repas, les soirées au salon, les siestes de l'après midi...les moments ordinaires de ma vie de ménagère...

Peut-être suis-je la seule à porter ce que certains considèrent comme une guenille...une veste, un vieux pull, un tee shirt dans lequel on sent bien, comme une peau...une vraie...pas le masque du maquillage, du brushing, de la tenue adéquate, des chaussures derniers cris, de la silhouette retouchée, du visage liftée, des bijoux accordés, des cheveux teints, des cernes cachées, de la calvitie à assumer, de la peau d'orange qu'on aimerait plus gourmande, de la cravate étouffante,du bouton à camoufler...juste ce vieux vêtement qu'on reconnaît comme le sien...

Vous savez comme si finalement il avait été fait avec les principaux ingrédients : douceur, bienveillance, protection ,compréhension et que tout cela le rendait irremplaçable, essentiel...important ...comme si l'aimer autant le rendait beau...

Alors oui, peu importe comment je l'enfile..à l'endroit, à l'envers, il est toujours le même...

Parce que finalement, j'aurais beau me cacher sous des tonnes de fond de teint, devenir blonde, changer de prénom, mincir ou me muscler...je serai toujours moi...douce, bienveillante, importante...essentielle ...et que le fait de m'aimer me rendait vraiment très belle....

Dans la vie, on se cache, comme si nous montrer, tel que nous sommes arrivés au monde , était une faute...peu importe ce que devient mon gilet, il garde sa classe...Peu importe comment le temps me façonne, comment la vie me transforme...je reste la même...et ma beauté pourra réconforter mon cœur, me donner l'amour dont j'ai besoin, me protéger contre les intempéries et me rendre plus forte...

Vous savez aujourd'hui que vous portez le plus fabuleux des vêtements...votre confiance en vous...


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Vous avez peur ?

Comme beaucoup de sa génération, Jeanne a été élevée à une époque où l'essentiel était de « survivre »...

Survivre à l’après guerre, survivre à la vie dure, survivre au manque, survivre à l'oubli quand on est le N°8 d'une fratrie de 13, survivre au silence de ses parents,survivre à l'urgence de survivre...

Jeanne, comme beaucoup de nous finalement, devait être une enfant sage...

Je pense que la définition de la sagesse a évolué, comme chacun de nous devrait pouvoir le faire...

A l'époque de Jeanne, être un enfant sage impliquait de savoir rester à sa place...vous ne croyez pas ?

« Sois-sage et tais-toi » ! On a associé ces deux conditions pour permettre aux parents, aux adultes de conserver leur calme...moi je parlerais plutôt de l'ordre établi...en tous cas, de celui qu'ils ont voulu faire régner par la peur des représailles....

Dans le foyer de Jeanne, et heureusement que cela ne se retrouve pas de partout, je vous l'avoue, il était de coutume qu'elle entende : « Ne fais pas de bruit, ne pose pas de question, cela ne te regarde pas, ce ne sont pas des histoires pour les enfants »....

Moi je vous avoue que si j'avais été Jeanne, j'aurais immédiatement compris : Amuse toi, exprime toi, sois curieuse, tu peux tout comprendre...mais bon...Je ne suis pas Jeanne et vous n'ont plus....nous sommes d'accord...

J'ai eu la chance de la rencontrer à l'occasion d'un repas chez des amis qui connaissaient le frère de l'oncle à ma sœur...Ce genre de repas où l'on parle un peu de tout...où chacun fait connaissance en donnant un peu de soi...Remarquez certains ont tout vu, tout fait, tout compris...On en connaît tous un comme ça....c'est assez amusant d'ailleurs...

Lorsque l'hôtesse de maison, en me demandant mon assiette pour goûter à ses tomates farcies, a glissé : » Alors, comme ça...Antoine m'a dit que vous alliez vendre votre maison »? ….j'ai su....que j'avais deux possibilités :

• Ouvrir mon veste, montrer ma ceinture de munition et dégainer ou...

• Répondre « Oui, c'est vrai »....

J'ai choisi la deuxième option...et là....Silence...

Vous savez, ce silence mi figue mi raisin..;ce silence qui permet ce tête à tête avec soi...même l'espace d'une cuillerée...

– Ah...c'est bien......mais ce n'est pas facile de vendre en ce moment....et puis, vous savez...le contexte ne s'y prête guère...

Ainsi, j'ai découvert que François, boulanger de métier, avait des notions dans l'immobilier, que Mathilde l'infirmière possédait des connaissances en économie, que selon Jean Jacques, le contexte politiques des présidentielles n'incitait pas les acquéreurs à se lancer dans un projet immobilier, que les banques étaient frileuses sur l'octroi des prêts, que la canicule n'aidait pas les gens à se lancer, que le trou de la sécurité sociale inquiétait les consommateurs, que les jeunes n'avaient pas de travail, que la famine frappait l'Afrique, qu'il fallait bien mourir de quelque chose, que les fonctionnaires sont tous des flemmards, que tout est de la faute aux immigrés...Que les artisans sont des travailleurs...

J'ai laissé ce petit monde refaire le leur....j'ai regardé mon mari en souriant parce que nous nous disions l'essentiel : Quand vous avez un rêve, un projet...nourrissez le, plusieurs fois par jour, de toutes vos convictions, de toute votre foi ...faites-le grandir avec passion...gardez tout...y compris les miettes...

A chaque fois que vous parlez de vous, que sous le coup de la joie ou de la recherche d'approbation parfois, vous partagez vos rêves...il y a ceux qui vous répondront :

– Tu crois ? Tu n'as pas peur ?... A ceux là, vous ne pourriez que répondre : Non...pas jusqu'à cet instant où ta peur et ta méfiance sont venues se posées sur ma confidence....ou bien alors leur répondre ce qu'ils ont envie d'entendre : Oui, j'ai j'ai très peur, je sais que je commets une erreur, que je vais me planter, que ma maison ne se vendra jamais, que je n'y arriverai pas...c'était juste pour voir...

– et ceux qui vous diront : Je suis si heureuse pour vous....A ceux là, vous leur direz simplement « merci »...

Avec le temps, vous verrez que la peur est un locataire très présent, tenace, contagieux...un oiseau de mauvaise augure...

Heureusement, il existe, comme lors de toute épidémie, un antidote naturel et imparable : l'amour auquel on a rajouté une dose de secret....Cela s'appelle l'espoir...

la peur alimente la peur...elle se greffe sur chaque pensée fertile, chaque vie prête à l'accueillir....On croit à tort que la peur nous protège...Elle n'est qu'un épouvantail de pacotille...factice et éphémère...

L'espoir quant à lui, voit loin, grand, au dessus de ces bonhommes de paille....

Aujourd'hui, dans les repas de famille, d'amis où chacun refait souvent le monde sous un ciel gris, je me contente de dire : Moi, je crois et cela m'a toujours réussi...peu importe ce que vous en pensez...vous verrez, c'est facile et les yeux de vos interlocuteurs s'ouvrent d'un coup beaucoup plus grand....

Pour en revenir à Jeanne, un jour de tempête, les épouvantails de son jardin on atterri chez le voisin d'à côté...sûrement un terre plus fertile....Seuls sont restés sur le sol, les chapeaux de paille....comme un signe du ciel, pour poser sur sa tête le couvercle de ses peurs....Quant à moi, nous avons vendu notre maison 100000 € de plus qu'au prix de départ....en nous retrouvant avec deux propositions à 10 minutes d'intervalle....un des acquéreur a enchéri de 10000...comme quoi....


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Découvrir la vérité intuition...

C'est complètement abasourdie que j'ai accueilli la nouvelle du décès de ma grand-mère...Bien sûr elle était âgée, bien sûr il fallait s'y attendre...Je crois que j'ai laissé avec elle, une partie de mon histoire...il y a tellement de choses que j'aurais aimé comprendre, connaître...elle, qui mieux que quiconque savoir détricoter votre âme sans avoir besoin de parler...pour vous donner la solution, crochetée de la façon la plus subtile qui soit...On appelle ça aujourd'hui, l'écoute active...Des termes carrés, structurés pour un être tout en rondeur...elle connaissait toutes les subtilités, avait toujours un secret, un baiser guérisseur, un chaudron sur le feu dans lequel mijotait une formule magique...

Mine de rien, ses mains dans le dos...je la revois hausser ses épaules en soupirant... « C’est la vie ma Chérie »...et j'attendais la suite....la suite de l'histoire...celle qui m'apporterait la solution...

C’était une femme incroyable…détonante, différente…Pas le genre de grand-mère au chignon bien coiffé….son chignon était sauvage, libre…comme elle…indomptable. Elle avait toujours un avis sur tout…ou plutôt se faisait-elle un point d’honneur à tout contredire…Elle vous mettait à l’épreuve…Elle contestait, décortiquait, polémiquait….c’était une tempête qui essoufflait bon nombre de personnes…Je crois que mon grand-père a survécu parce que son grain de folie l’avait contaminé…et il y a bien longtemps qu’elle avait fait sauté les conventions de toutes sortes…elle faisait ce qu’elle aimait, ce qu’elle voulait, quand elle le voulait et si elle le voulait….Vous imaginez le délice pour l’ado que j’étais d’être portée par une femme pareille…Le seul point sur lequel elle était inflexible ,c'était sur... les lunes...Toutes les lunes....rousses, brunes, pleines, demi, quartier....cachées...toutes lui parlaient..parce qu'elle m'a révélé son secret...Tu sais, ma fille, chacun de nous aura à fouler un chemin bien particulier..mais nous sommes tous faits du même bois...dans le creux de notre tête se cache une petite glande, aussi petite qu'un petit pois...L'homme moderne dans toute sa lourdeur se plait à la piétiner...mais cette glande que certains appellent le troisième œil...amène, bien plus que la vision...elle est comme un carillon... » sais-tu pourquoi ? Parce qu'elle possède des cristaux... bien plus précieux que le diamant...des cristaux d'apatite...et sais-tu que sur la lune, on retrouve ces cristaux....comment se fait-il que 384 400 kms nous séparent ? Qui avait une poche percée ? Qui les a déposé dans notre tête ? Qui les a semé sur cette étoile ?

Tu connais le principe de ces bijoux en forme de cœur, que les femmes portent sur leur poitrine...ces pendentifs formant un cœur séparé...deux moitiés distinctes pour former un seul cœur, uni, réuni...

Ces petits bouts de pierre, logés au creux de ton crâne résonnent avec ceux posés au creux de la lune...ils s'appellent, ils vibrent à l'unisson...pourquoi, crois-tu que la lune déclenchent les marées et les naissances ??? Alors, oui, beaucoup de bla bla aujourd'hui...tu entendras...sur ces connexion à l'au delà...ouvre tes yeux...bien grands, regarde là briller cette lune....plonges-y dedans....cherche, cette petite pierre bleue...tu sentiras, au milieu de ton front...ce point un peu plus lourd...qui peut-être te fera froncer les yeux...

La lune fait bouger les océans mais ramènent toujours les vagues au même endroit...sa valse est magnifique...c'est le meilleur partenaire que j'ai eue...elle au moins , ne m'a jamais marché sur les pieds...

Crois-tu que l'océan se demande s'il s'égare lorsqu'il se retire ??? Non...il sait, que porté par cette étoile, il revient plus fort, nourri des alluvions des fonds marins...la lune a ramené à sa surface la richesse des tréfonds...mieux encore, il les dépose sur les plages...d'ailleurs, c’est pour ça que lorsque nous marchons sur une plage...nous ramenons, coquillages, sable fin dans des fioles précieuses...alors que nous avons tant à faire remonter aussi...

Crois-moi ma fille, ferme les yeux, lance ce lien invisible de ta tête jusqu'à l'étoile...et laisse toi mener dans cette danse...laisse là guider tes pas...d'ailleurs, de là..j'entends déjà le murmure des vagues...

Alors, je me suis rappelée de cette femme qui finalement laissait bien mieux qu'un vide...elle me laissait le secret et l'éternité pour le transmettre... C'est un secret...bien entendu...mais tout le monde sait, que les secrets sont faits pour être partagés..


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je ne sais pas s'il vous est déjà arrivé de regarder votre monstre discrètement lorsque, accaparé par une discussion ennuyeuse, le temps vous semble long...comme il vous arrive de bailler furtivement, quand à une heure avancée, vous rêveriez de vous glisser dans votre lit, plutôt que d'essayer de vous accrochez à une conversation dont la moitié des mots vous échappe...

Et bien, pour Dominique, c'était un peu pareil...

De son costume 3 pièces, il sortait une montre à gousset , qu'il ouvrait , regardait une seconde, replaçait dans son veston...en toussotant...

J'ai toujours trouvé surprenant, de le voir vérifier l'heure si souvent...et le clac de sa montre, replacé toujours selon le même geste m’interpellait...

A t'on besoin de savoir l'heure qu'il est, 5 minutes après connaître l'heure qu'il était 5 minutes avant ?

A t'on besoin de besoin de vérifier sa montre lorsque sous l'immense horloge de la gare, le train à destination de Lyon a 5 minutes de retard ?

Bref...accroché à sa montre, comme un enfant à sa tétine, il vérifiait, revérifiait si l'heure était toujours celle qu'il fallait...

Jusqu'à ce que je comprenne ..,

En fait, Lors de l'été 47, son père lui avait dit : « je reviens dans 5 minutes ...Sois prêt à mon retour...

Cet enfant, alors alors âgé de 7 ans a attendu, attendu, ce père qui avait du prendre du retard...Ce qui lui est arrivé est malheureusement tragique...il s'est fait fauché à vélo...on l'a retrouvé allongé...parti pour un autre voyage...

Aujourd'hui, et bien Dominique, attend encore les 5 minutes pour être sûr d'être prêt lorsque son père reviendra...puisqu'il lui a dit, lui même, sois prêt... A tout de suite....

Et, lorsque j'ai regardé sa montre, j'ai vu que le mécanisme s'était arrêté....à 14h27....depuis 69 ans, le temps s'est figé...le verre de la montre est fendu, l'aiguille du temps s'est suspendue à ce début d'après midi...

Je lui ai proposé de la confier à mon ami horloger...et finalement, de 14h27, nous avons fait un saut jusqu'à demain...Vous ne me croyez pas ?

Sous le couvercle de l'horloge, un bout de papier plié en 4 : le temps avance toujours et les 3 aiguilles finissent toujours par se retrouver...

Aussi incroyable que cela ait pu lui paraître, la vie a su lui faire un cadeau....car cet enfant oublié dans le passé, abandonné par un père fauché par la vie, a en l'espace d'une loupe de réparation, réajusté le temps et le réglant à la bonne heure...

Et le plus superbe...c'est qu'en reprenant le cours du temps, son père lui disait 69 ans plus tard...je suis là... nous nous sommes croisés... nous nous retrouverons...comme les 3 aiguilles savent le faire...Va, sois confiant, vis....tu sais que je serai là...au prochain tour de cadrant...

Bien entendu, nous n'héritons pas toujours d'une montre gousset dont le tic tac fonctionne ou pas...nous héritons de mieux...d'un cœur qui, à s'y méprendre, résonne de la même façon....


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Je ne sais pas s’il vous est déjà arrivé d’entendre « quand tu auras un moment, il faudra passer »…peut-être pas…

Alors je me suis mise à penser au Moment…et je me suis rendue compte à quel point, finalement, nous ponctuions nos jours de moments…pas seulement nos jours…mais nos intentions, nos excuses aussi, nos prétextes quelques fois…

Vous ne me croyez pas ?....Attendez encore un peu….

J’ai décidé d’écouter derrière le mot… d’entendre ce qu’il disait vraiment et donc de comprendre ce que veut dire celui qui l’utilise…

Mot-ment….Le mot qui ment….le mot menteur….

Vous ne me croyez toujours pas ?

Quand mon fils vient me voir pour réclamer un câlin alors que je suis en pleine réflexion, en pleine discussion, je lui dis « attends un moment »…et souvent, le câlin a été remplacé par une autre tâche que je considérais plus importante, en oubliant le bon moment…

Je me couche le soir ou je le regarde filer à l’école, le cœur gros, en me disant, que résolument, je passe à côté du plus important…

Quand il m’arrive de prononcer cette petite phrase toute bête : Dès que j’aurai un moment, je me mettrai à la lecture »….je sais que je mens..Comme vous le soupçonnez, je remplace la lecture par des tâches plus importantes, en reculant encore le bon moment…

Je me suis rendue compte que je n’étais pas la seule à utiliser ce mot qui ment : Ne vous est-il jamais arrivé de croiser des connaissances au hasard d’une journée, qui , entre deux portes, vous disent : « Il faudra passer à un de ces moments »….

Je vous avoue encore aujourd’hui que j’ai du mal avec ce genre d’invitation qui ne fixe ni jour, ni heure, ni année…

Oublions les « je vous souhaite des bons moments » qui parlent d’hypothétiques instants….

Je me suis donc demandé s’il existait des moments honnêtes…des vrais moments, des bons moments…et j’ai réalisé que les seuls vrais étaient ceux qui avaient été posés, vécus, actés …

Ainsi, on a passé un excellent moment….c’était un doux moment….j’ ai pris un moment rien que pour moi…et vous savez pourquoi, les seuls vrais moments passés sont réellement les bons ?

Parce qu’ils ont été vécus…pour de vrai…parce qu’on a décidé de les vivre Mains… tenant….en se tenant la main….comme on scelle un engagement….Je te serre la main pour te dire que je suis d’accord….nous avons signé un pacte…main dans la main…en se tenant la main….

Décider de vivre maintenant, c’est décider de vivre pour de vrai…c’est décider d’oser pour de bon…

C’est oser un acte de vie, c’est respecter sa vie…c’est entendre ses envies….en …vies ….ces vies en soi…tout à l’intérieur de soi…

En tous cas, moi, je sais que je ne peux plus parler en faisant comme si je ne savais pas…et vous , vous savez…que désormais vous savez ….



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A la question, que feras-tu lorsque tu seras grande, Hélène aurait aimé répondre…

Bien entendu, elle serait coiffeuse…C’était une évidence…

Quand on passe ses journées à se coiffer, à lisser ses cheveux, les replacer derrière son oreille comme les filles savent si bien le faire…il est entendu que le métier était tout trouvé…

J’en ai connu des Hélène qui jouaient avec leur cheveux, comme on joue à la poupée…d’ailleurs, j’avais une poupée enfant, cela n’a pas fait de moi une nourrice…

C’est amusant d’ailleurs d’observer ce langage gestuel…Il en dit plus que beaucoup de mots creux…Des mots silencieux, comme si l’inconscient glissait en douceur une contestation…

« Dis ce que tu veux, je refuse d’adhérer »…

Alors Hélène et ses cheveux m’ont appris à lire, pour de vrai… et dans ma vie, je me suis amusée à d’avantage observer pour écouter…

Certains jouent avec une mèche de cheveux, l’enroulent autour de leur index…en vous regardant, peut-être en vous écoutant vaguement…j’ai compris que ceux-là vous signifiaient simplement et délicatement qu’ils se perdent, que leur réflexion devient compliquée…

Certaines replacent leur chevelure tantôt à droite, tantôt à gauche…Sont-ils en train de peser le pour et le contre tout en souriant pour continuer à vous donner l’illusion qu’ils vous écoutent…

D’autres se recoiffent et placent leur mèche de cheveux derrière l’oreille en suivant son contour…Est-ce pour signifier, qu’il leur manque des éléments et qu’ils veulent entendre la suite ?

Certains se grattent à la recherche de poux sur la tête, d’autres coupent les cheveux en quatre…

Hélène allait donc être coiffeuse…c’est ce qu’on avait décidé pour elle…alors elle avait beau toussoter, s’éclaircir la voix avant de parler, poser sa main sur cou pour marquer ses peurs alors qu’elle feignait le sourire...C’était ainsi…Mais Hélène dans le creux de sa tête savait qui elle était, qui elle voulait être, ce qu’elle avait envie de devenir …

Cependant, entre ses manies, ses silences, ses sourires polis, ces genoux croisés, sa tête baissée, elle etait devenue une marionnette…

Sa vie ne tenait qu’à un cheveu…et elle était devenue tellement lourde, cette vie que les autres lui avait dérobée qu’elle a cédée…

Un matin, elle avait cessé de se faire des cheveux blancs…ils étaient tous restés sur l’oreiller…

A force de se cacher derrière cette danse de gestes, à force de ne pas être entendue, à force de ne pas se respecter, son corps a parlé plus fort…

Derrière quoi allait-elle se cacher aujourd’hui ? un chapeau ? Impossible pour sa mère, désormais, de clamer « Tu seras coiffeuse ma fille… »

Sa tête fût certes nue pendant quelques temps…juste le temps de repousser les insistants…juste le temps qu’elle apprenne à parler…

Je crois savoir que la tête d’Hélène s’est recouverte de cheveux d’anges…sublimes, fascinants…

J’ignore si ses ailes ont poussé…mais je sais en tous cas quel conseil je pourrais donner à ceux qui se cachent en faisant croire que tout va bien…

Dans la vie parfois on donne son accord pendant qu’une partie de nous est en train de crier NON….que ce soit par la douleur, de la fatigue, de l’insomnie, une peau qui trahit, une tristesse derrière le sourire, une toux qui s’installe, une voix qui s’éteint…des épreuves qui s’enchaînent….

Moi, j’ai décidé de parler un seul langage…mon cœur, ma voix, mon esprit résonnent à l’unisson…et lorsque je me gratte la tête…c’est vraiment parce qu’elle me démange…


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Aujourd'hui j'ai rendez-vous avec le soleil...C'est étrange comme note...C'est ce que j'ai écrit, il y a plusieurs années sur un vieil agenda...Je me demande encore pour quelle raison, je l' ai conservé...

Mes agendas me servaient de journal intime...vous savez, ce genre de journal avec un petit cadenas...celui qu'on cachait sous le matelas...

bref, tout ça pour reprendre cette note qui m'informait d'un rdv important...J'avais indiqué sur la page de ce jeudi 14 février : penser à prendre rdv avec le soleil pour le 3 janvier 2017 …

Et tout à coup, tout m'est revenu...

J'habitais à l'époque, une maison de village, très chaleureuse, à étages...typique de la région bressanne,,,elle avait su conserver son cachet...

On accédait à la maison par une petite cour intérieure enchâssée entre deux habitations...j'avais fait courir une glycine pour colorer les murs des voisins...j'en avais fait un petit coin de paradis...installé un salon de jardin en fer forgé, repeint en vert sapin, récupéré des lampes tempêtes...

Au fil des jours et des saisons, j'ai dû me rendre à l'évidence que le soleil me gratifiait de sa présence de 10h00 à 12h00, les jours dégagés...et que le reste du temps, j'avais seulement droit, d'accord, à ma tranquillité, d'accord à un carré de ciel bleu...mais à deux heures de rayons...

Oui, c'était très intime, ma petite maison pleine de chaleur...ma glycine parfumée, mes vieilles pierres...le charme de l'ancien...Alors j'hésitais...

J'étais partagée entre partir et quitter ce nid presque douillet qui avait accueilli mes espoirs d'indépendance...et rester entre ces 4 murs...familiers mais qui résonnaient comme un paysage sous le brouillard...on imagine ce qu'il y a derrière sans toutefois s'y aventurer...

Alors, en retombant sur cette note et bien, je me suis rendue compte qu'aujourd'hui, je suis toujours dans ma cour où ma glycine fleurit... je prends mon thé avec un gilet dans cette cour ombragée...et les murs sont toujours là... je n'ai pu démolir les maisons voisines, ni déloger les voisins...ni ordonner au soleil de rester de 10h00 à 18h00 planté au dessus de ma tête...je me rends à l'évidence que cet agenda avait sonné comme une alarme à répétition...

Et puis, un jour comme aujourd'hui, c'est carrément la vie qui vint frapper à ma porte...

Dans ma boite aux lettres, je suis tombée sur un mot manuscrit : Cherche maison de village, votre bien nous intéresse...merci de nous contacter …

Allais-je ajourner ce rdv ? Allais-je encore me perdre en prétexte ou bondirais-je sur le clin d’œil que la vie me faisait en me regardant droit dans les yeux...

Je ne sais pas ce que vous auriez fait à ma place...j'ai vendu ma maison...j'ai récupéré mes années de loyers...pour un coquet apport...j'ai acheté un terrain....au milieu de nulle part...j'y poserai une pierre...puis deux...avec seules frontières le lever et le coucher du soleil que je peux observer matin et soir...en savourant une limonade bien fraîche....

Je ne sais pas pourquoi je vous parle de tout cela...allez savoir...simplement peut-être parce que de là où je suis, je vois comme des fourmis dans vos jambes....



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Aujourd’hui, j'ai reçu un sms que je refuse....je vais vous expliquer pourquoi.

Ce message disait : Merci de m'avoir fait devenir la personne que je suis aujourd'hui....

Je vous avoue que j'ai eu du mal à comprendre....

Non pas que cette personne m'était inconnue...il s'agit effectivement de quelqu'un qui était allongé(e) là où vous vous trouvez, mais parce que son raisonnement méritait d'être corrigé...

Bien entendu, si j'apprécie les compliments, je rends à César ce qui lui appartient....

Sur le fait qu'elle était allongée là à côté de moi ..oui...c' vrai...je plaide coupable...

Tout comme je lui avais proposé une musique douce avec de la harpe, si mes souvenirs sont bons...

Je l'ai couverte avec une couverture douce et beige....

La lumière était tamisée....et puis, nous avons discuté un peu....son inconscient et ma voix...

C'est vrai que je lui ai suggéré de fermer les yeux...mais je vous avoue que j'avais déjà baissé la lumière de la pièce...Vous savez, un peu, comme lorsque nos yeux s'habituent au noir...on finit par distinguer ce qui juste quelques minutes avant était invisible....

En fermant les yeux, c'est tout un monde qui s'illumine...un peu comme une journée de plein soleil , lorsqu'on ferme les volets pour mieux se voir...éviter d'être ébloui....ou en baissant le pare soleil de la voiture...

Enfin, voilà....c'était juste un moment ordinaire pour une rencontre extraordinaire...parce que finalement,je crois que c'est la difficulté de beaucoup...avoir peur de l'ordinaire, avoir peur d'être ordinaire...

Cela vous étonne peut-être mais cette personne se croyait invisible...

En même temps, c'est un peu logique ...mais moi, toute illuminée que je suis, cela me met en colère...parce que l'ordinaire est, je crois, ce qu'il y a de plus précieux...

Je m'explique...L'ordinaire, c'est de l'or dans l'air...ou alors, c'est l'air qui dîne de l'or...l'air que l'on respire serait chargé de cet or...il est là, partout, en petite particule délicate et infime pour venir tapisser notre intérieur...notre être intérieur...notre âme....vous savez...comme lorsque l'orfèvre recouvre d'or des pièces précieuses...

Alors, nous respirons,nous vivons en oubliant la richesse que nous absorbons...

Le secret, c'est qu'on a préféré nous nourrir ...nous remplir...de toujours plus...

Vous n'avez qu'à regarder le succès du livre Guinness des records...Certains sont prêts à tout pour montrer qu'ils existent...avaler 247 escargots vivants en 15 minutes...ou alors de s'embrasser pdt 58 heures d'affilé...peut-être même 8h 1m 1s de gainage, alors que je frôle à peine les 1mn30...

Alors, bien entendu, Nous ne sommes pas tous des gagants...

Que faisons-nous au lieu d'allumer l'or en nous ? Nous surenchérissons....tout et rien...

N'avez-vous pas remarqué aujourd'hui, que les moments importants et intimes de notre vie doivent être mis en scène afin de nous assurer de leur propre existence...et nous rassurer sur notre propre existence ?

Vous n'êtes toujours pas convaincu ?....

Que pensez des réseaux sociaux par lesquels aujourd'hui, désespérément certains valident leurs journées ? Cherchant l'approbation de ce qu'ils mangent, de ce qu'ils viennent d'acheter, des soldes effectués , des doigts de pieds en éventail, de l'anniversaire du petit dernier ? Du sapin le mieux décoré ? Du restau qu'on vient de tester....Je passe les détails des salles de naissances, des mines sous grippes ou gastro, des abdos en béton, de la communion du petit dernier, du cadeau de la St valentin....bref....dans cette vie ordinaire, beaucoup essayent de crier : Et moi, et moi....regardez, j'existe...

Alors pour en revenir à ces records, on assiste aussi à une surenchère....de mariages, de loisirs..on cherche toujours à être différent de l'autre...à faire mieux que l'autre...à faire de meilleurs affaires que l'autre...

Il faut que mon mariage soit extra ordinaire, différent de celui auquel je viens d'être invité...que mes 40 ans soient tendance, extravagants...que mon menu frappe fort...;que mes invités en prennent plein les yeux...

C'est incroyable, quand même ce besoin de se démarquer...Comme si la vie était une course....

Quand j'ai emménagé dans ma ville, ici, il a été organisé lors d'un festival, le record de la plus grande brochette....je souris devant cette initiative....

Au record de longévité, de chaîne de bienveillance humaine, aux initiatives audacieuses et altruistes, nous préférons les records de mangeurs de boudin ou de fromage...à croire que pour exister il suffit de se remplir....d'afficher, de marquer, de saturer...en oubliant l'essentiel...

A quoi ressemblait le diamant avant de passer sous les doigts d'un joaillier ? Pour moi, peu connaisseuse...à pas grand chose...un caillou différent peut-être...et dans la discrétion de son atelier, il est capable de transcender la matière....

Alors, oui,nous ne possédons pas tous une mine de diamant, un rivière de pépites ...parce que NOUS sommes ces pépites...nous sommes les joailliers de nos vies....je donne à mon corps les meilleurs soins et ce qu'il devient me revient...

Concernant cette dame, j'ai simplement éteint la lumière parce que j'étais déjà éblouie par ce qui brillait en elle...

En parlant, elle illuminait l'air des particules d'or qu'elle respirait et auxquelles elles goûtaient...l'air était rempli d'or...nous avons mis la plus belle nappe pour ce rdv...pour un dîner aux chandelles d'ordinaire....

Soyez cet or ….


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Sommeil

Peut-être que le nom de Yavatmal ne vous parle pas encore...mais j'aimerais vous raconter l'histoire de cette personne, un peu particulière...

Particulière dans l'essence du mot....une particule dans l'air...un être unique, si bon, qu'il garantit à chacun le soleil qui se lève et la lune qui le remplace le soir venu.

Dans cette ville de l'état indien, une personne, comme vous et moi, se couche le soir, comme des milliards sur ce globe...

Allongée sur son lit, la tête sur sa couchette, cette personne attend le silence du monde pour commencer son labeur...

A la lueur de la lune, le voilà qui se lève ...ce veilleur des âmes...

Qui est-il et que fait- il ? Un veilleur de vie ? le gardien de notre sommeil ? Je crois qu'il est bien plus...

Lorsque vous et moi, du même côté du globe, basculons du côté de la nuit, elle se lève en douceur... à pas de velours pour explorer le monde....

Depuis la nuit des temps, son rituel est le même...venir vérifier que tout est en place pour que chaque matin le jour se lève sous les meilleurs auspices...que chaque étoile brille encore, que chaque courant continue de couler, et à chaque souffle de nos nuits, il s’essouffle à embellir nos vie...

Il ressemble aux brigadiers de théâtre frappant le plancher de la scène des 3 coups pour l'ouverture du rideau...

Il parcourt chaque sentier, en vérifie le tracé.... observe chaque espèce, chaque forêt...s'assure que le brouillard se lève pour permettre aux plus timides de jouer un moment de vie.

Ce veilleur du monde oeuvre la nuit, veille à toutes les vies, en vérifie chaque réglage, chaque particularité, s'assure que tout est place pour qu'au réveil, nous puissions vivre nos jours en oubliant qu'il était là, à veiller, travailler, s'inquiéter...

Il marche le long des plages, vérifiant les marées...écoute dans un coquillage le souffle de nos sommeils... fait le tour des étangs pour goûter la clarté de l'eau...effleure chaque arbre pour le remercier de cette source vitale diffusée de toute part...et se hisse sur les sommets du monde pour voir d'en haut ce qu'il a accompli, ce qu'il lui reste à faire, ce qu'il y a à refaire....ce qu'il doit recommencer, ce qu'il faut améliorer...

Se sent-il seul ce veilleur du monde ?

Je crois qu'il ne se pose pas la question tant il est poussé dans cette source sacrée...

Se fatigue t'il dans cette danse éternelle à rejouer chaque nuit ?

Je crois que notre bonheur est le remède à sa fatigue...

Se sent-il démuni lorsque nous bafouons, détruisons le travail de sa vie ?

Je crois qu'il nous aime tellement qu'il nous laisse commettre nos erreurs pour nous permettre de grandir...et chaque jour, recommencer...

De Yavatmal à ici, il s'est écoulé une nuit....et cette nuit, ce veilleur du monde est venu me délivrer un secret...

Dans notre peur d'être seul, dans nos moments de lassitude ou d'impuissance, nous craignons de manquer de temps...alors beaucoup d'entre nous oublient que nos jours nous appartiennent, que nous avons tout le temps qu'il faut pour régler ce qu'il y a à régler, pour continuer, reposé, ce qu'il y a à poursuivre...que chaque jour qui se lève nous offre une nouvelle conquête...dans un monde apaisé... que si nous sommes les veilleurs de ces jours, c'est parce que la nuit, ce veilleur du monde est venu nous offrir une nouvelle page blanche...

Certains se prennent pour un veilleur du monde....s'ils reprenaient leur place, dans leur vie, en plein jour....ils verraient que leur nuit leur offre un autre voyage tout aussi fabuleux...un voyage avec leur meilleur ami...le veilleur de leur âme...leur inconscient...Nous pourrions laisser à ce sage, la possibilité de nous donner ce monde meilleur...nous pourrions surtout nous donner la chance d'être le meilleur de nous même ...sous les pas feutrés de ce veilleur du monde...qui a son tour, irait chercher le repos pour rejouer une autre scène, à la nuit tombée....



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Cela me rappelle la serrure du portillon du jardin de mes grands parents.

Lors de leurs absence, ils cachaient la clef de la porte d'entrée, sous une poutre d'un abris de jardin.

Mon grand père y déposait là, tout son bazar...

Je sais qu'il est courant dans certains foyers de cacher une clef de secours..

Pour ma part, j'ai plusieurs trousseaux sur moi : mon véhicule, mon sac à main...

Bref, lorsque mes grands parents s'absentaient, nous avions la possibilité de venir chez eux en leur absence si cela était nécessaire...et les verres de limonade après ma journée d'école étaient indispensables pour ma journée d'écolière...

j'y allais avec une camarade...seulement, ce verre de limonade, il fallait le mériter...

Mon grand père était le roi de la récupération, tout pouvait servir...alors entre les tôles, les tuyaux de poêle, les sots, les planches, t' il fallait se frayer un chemin pour parvenir à ce cabanon...

Une fois la clef bien cachée sous la poutre de la 3ème rangée, nous allions jusqu'à la maison pour ouvrir la vieille porte d'entrée qui ne connaissait qu'un maître !

C'était tout un jeu de subtilité pour trouver le bon tour de clef qui permettait à la porte de s’ouvrir...chacun y allant alors avec sa méthode : en forçant, en tournant de gauche à droite, en ressortant légèrement la clef, en poussant la porte avec le pied, en levant la poignée...et à chaque fois que je disais à mon grand père de songer à changer la serrure de la porte ainsi que la clef, il me répondait : c'est parce que tu ne sais pas t'y prendre …

Il avait sûrement raison...Il avait plus d’expérience et il était chez lui …

J'imagine que du haut de mes 8 ans, cela faisait partie de l'aventure de réussir à ouvrir cette porte...un peu comme une chasse au trésor...

D'ailleurs, cela me fait penser Frédéric...c'est une personne incroyable...elle est capable de vous sortir de n'importe quelle situation...Il se promène toute la journée avec un énorme trousseau attaché à la ceinture de son pantalon...66 clefs au total se trouvent sur cet anneau...des doubles des portes de l'établissement dans lequel il travaille et des passes...vous savez, ce sont ces clefs aux multiples combinaisons possibles... D'ailleurs, j'ai appris que ces clefs pouvaient donner 65536 combinaisons possibles..

Lorsqu'on appelle Frédéric, on sait qu'on a la solution et le bruit de son trousseau le précède...

Entre les portes coincées, les serrures grippées, les clefs égarées, les poignées cassées, les serrures dont le modèles n'existent plus, les clefs de vestiaires négligées, il sait toujours comment vous donner l'issue...

D'un seul coup d’œil, il sait s'il possède un double...auquel cas, l'ouverture est aisée et rapide...

Dans le cas contraire, il tente une clef ressemblante, la fait tourner deux trois fois, en douceur...si celle ci ne convient pas...il change de stratégie...en essaye une autre...en dernier lieu, il utilise sa clef passe partout...et son geste devient précis...il prend la poignée fermement, accompagne son tour de clef, ferme les yeux pour se concentrer... un léger coup à gauche, un léger à droite, sa respiration accompagne ses gestes et hop....la porte s'ouvre....Et c'est ainsi à chaque fois...

Moi souvent, je repense à Cet homme en me disant que non seulement il avait plein de tours dans son sacs, mais qu'il avait toujours la bonne clef pour la bonne porte...

Alors dans la vie, on s'évertue parfois à trouver une solution approximative pour une situation que l'on souhaiterait régler au mieux...

On force les choses, on s'en accommode, on prend des détours, on se perd, on fait demi tour, découragé, on y laisse des plumes comme on dit...c'est souvent parce qu'on a oublié que nous sommes nés avec cette ceinture remplies de clefs...elle est si légère qu'on a fini par l'oublier...ce sont toutes les clefs que nous aurons à utiliser tout au long de notre vie pour ouvrir les portes nous menant d’aujourd’hui à demain...

Nous portons en nous toutes les réponses, tous les codes secrets...posez sur la main sur votre taille...vous verrez, vous allez trouver la bonne clef....


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Je ne sais pas s'il vous est déjà arrivé de regarder votre monstre discrètement lorsque, accaparé par une discussion ennuyeuse, le temps vous semble long...comme il vous arrive de bailler furtivement, quand à une heure avancée, vous rêveriez de vous glisser dans votre lit, plutôt que d'essayer de vous accrochez à une conversation dont la moitié des mots vous échappe...

Et bien, pour Dominique, c'était un peu pareil...

De son costume 3 pièces, il sortait une montre à gousset , qu'il ouvrait , regardait une seconde, replaçait dans son veston...en toussotant...

J'ai toujours trouvé surprenant, de le voir vérifier l'heure si souvent...et le clac de sa montre, replacé toujours selon le même geste m’interpellait...

A t'on besoin de savoir l'heure qu'il est, 5 minutes après connaître l'heure qu'il était 5 minutes avant ?

A t'on besoin de besoin de vérifier sa montre lorsque sous l'immense horloge de la gare, le train à destination de Lyon a 5 minutes de retard ?

Bref...accroché à sa montre, comme un enfant à sa tétine, il vérifiait, revérifiait si l'heure était toujours celle qu'il fallait...

Jusqu'à ce que je comprenne ..,

En fait, Lors de l'été 47, son père lui avait dit : « je reviens dans 5 minutes ...Sois prêt à mon retour...

Cet enfant, alors alors âgé de 7 ans a attendu, attendu, ce père qui avait du prendre du retard...Ce qui lui est arrivé est malheureusement tragique...il s'est fait fauché à vélo...on l'a retrouvé allongé...parti pour un autre voyage...

Aujourd'hui, et bien Dominique, attend encore les 5 minutes pour être sûr d'être prêt lorsque son père reviendra...puisqu'il lui a dit, lui même, sois prêt... A tout de suite....

Et, lorsque j'ai regardé sa montre, j'ai vu que le mécanisme s'était arrêté....à 14h27....depuis 69 ans, le temps s'est figé...le verre de la montre est fendu, l'aiguille du temps s'est suspendue à ce début d'après midi...

Je lui ai proposé de la confier à mon ami horloger...et finalement, de 14h27, nous avons fait un saut jusqu'à demain...Vous ne me croyez pas ?

Sous le couvercle de l'horloge, un bout de papier plié en 4 : le temps avance toujours et les 3 aiguilles finissent toujours par se retrouver...

Aussi incroyable que cela ait pu lui paraître, la vie a su lui faire un cadeau....car cet enfant oublié dans le passé, abandonné par un père fauché par la vie, a en l'espace d'une loupe de réparation, réajusté le temps et le réglant à la bonne heure...

Et le plus superbe...c'est qu'en reprenant le cours du temps, son père lui disait 69 ans plus tard...je suis là... nous nous sommes croisés... nous nous retrouverons...comme les 3 aiguilles savent le faire...Va, sois confiant, vis....tu sais que je serai là...au prochain tour de cadrant...

Bien entendu, nous n'héritons pas toujours d'une montre gousset dont le tic tac fonctionne ou pas...nous héritons de mieux...d'un cœur qui, à s'y méprendre, résonne de la même façon....



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